Et réveiller, pour s’asseoir à sa place,
Le clair de lune endormi sur le banc!
Peut-on voir le croissant dessiner, comme ce soir, dans un grand ciel ensemencé d’astres, son fin profil, sans songer à la fin de ce chef-d’œuvre de Victor Hugo qui s’appelle: Booz endormi:
....................... Et Ruth se demandait,
Immobile, ouvrant l’œil à demi sous ses voiles,
Quel Dieu, quel moissonneur de l’éternel été
Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.
Et qui donc a jamais mieux dit que Hugo, la lune galante et tendre aux amoureux?
La nuit vint, tout se tut; les flambeaux s’éteignirent;
Dans les bois assombris, les sources se plaignirent.
Le rossignol, caché dans son nid ténébreux,
Chanta comme un poète et comme un amoureux.
Chacun se dispersa sous les profonds feuillages,
Les folles, en riant, entraînèrent les sages;
L’amante s’en alla dans l’ombre avec l’amant;
Et troublés comme on l’est en songe, vaguement,
Ils sentaient par degrés se mêler à leur âme,
A leurs discours secrets, à leurs regards de flamme,
A leurs cœurs, à leurs sens, à leur molle raison,
Le clair de lune bleu qui baignait l’horizon.
Et je me rappelle aussi cette admirable prière à la lune qui ouvre le onzième livre de l’Ane d’Or d’Apulée.
Mais ce n’est point assez pourtant que toutes ces chansons des hommes pour mettre en notre cœur la tristesse sentimentale que ce pauvre astre nous inspire.
Nous plaignons la lune, malgré nous, sans savoir pourquoi, sans savoir de quoi, et, pour cela, nous l’aimons.
La tendresse que nous lui donnons est mêlée aussi de pitié; nous la plaignons comme une vieille fille, car nous devinons vaguement, malgré les poètes, que ce n’est point une morte, mais une vierge.
Les planètes, comme les femmes, ont besoin d’un époux, et la pauvre lune dédaignée du soleil n’a-t-elle pas simplement coiffé sainte Catherine, comme nous le disons ici-bas?