Ils ne sont ni intelligents, ni fins, ni délicats, mais ils ont une nature de garçons bouchers galants. Cela suffit.

L’hiver dernier, Paris étant couvert de neige, j’allai à un bal chez une demi-mondaine que vous connaissez, la belle Sylvie Raymond.

—Oui, parfaitement.

—Jules Radier était là, amené par un ami, et je vis qu’il plaisait beaucoup à la maîtresse de maison. Je pensai: «En voilà un que la neige ne gênera point pour s’en aller cette nuit.»

Puis je m’occupai moi-même à chercher quelque distraction dans le tas des belles disponibles.

Je ne réussis point. Tout le monde n’est pas Jules Radier et je partis, tout seul, vers une heure du matin.

Devant la porte une dizaine de fiacres attendaient tristement les derniers invités. Ils semblaient avoir envie de fermer leurs yeux jaunes, qui regardaient les trottoirs blancs.

N’habitant pas loin, je voulus rentrer à pied. Voilà qu’au tournant de la rue j’aperçus une chose étrange:

Une grande ombre noire, un homme, un grand homme s’agitait, allait, venait, piétinait dans la neige en la soulevant, la rejetant, l’éparpillant devant lui. Était-ce un fou? Je m’approchai avec précaution. C’était le beau Jules.

Il tenait en l’air d’une main ses bottines vernies, et de l’autre ses chaussettes. Son pantalon était relevé au-dessus des genoux, et il courait en rond, comme dans un manège, trempant ses pieds nus dans cette écume gelée, cherchant les places où elle était demeurée intacte, plus profonde et plus blanche. Et il s’agitait, ruait, faisait des mouvements de frotteur qui cire un plancher.