Et bientôt on ne vit plus rien, que le rivage et la ville, la ville blanche et la mer bleue où glissait ma petite barque, ma chère petite barque, au bruit léger des avirons.

Blanc et Bleu a paru dans le Gil-Blas du 3 février 1885, sous la signature: Maufrigneuse.

LIVRE DE BORD.

Le Livre de bord a paru dans le Gaulois du 17 août 1887. Maupassant en a utilisé un long fragment (p. 65 à 69 du présent volume) que nous ne réimprimons pas, mais qu’il est indispensable de relire pour l’intelligence du dernier épisode de cette nouvelle.

ÉTENDU sur un des divans qui servent aussi de couchette, dans le petit yacht de mon ami Berneret, je parcourais un livre de bord, tandis que lui dormait de tout son cœur, en face de moi.

C’était un garçon bizarre, un sauvage qui, depuis dix ans, n’avait guère quitté son bateau, un cotre de vingt tonneaux nommé Mandarin.

Chaque été il parcourait les côtes du Nord de France, de Belgique, de Hollande ou d’Angleterre, et, chaque hiver, les côtes de la Méditerranée, l’Algérie, l’Espagne, l’Italie, la Grèce.

Il aimait ce bercement solitaire sur le flot toujours agité.

La terre immobile l’ennuyait, et les hommes bavards l’exaspéraient.

Ils sont ainsi quelques-uns, vivant dans cette boîte remuante, étroite et longue, qu’on nomme un yacht. On les voit arriver dans un port, au coucher du soleil. De son pont, l’homme en casquette bleue regarde de loin le mouvement humain sur le quai; puis il marche, jusqu’à la nuit, d’un pas vif et régulier, d’un bout à l’autre de son bateau.