Cette phrase, si belle d’harmonie, a été longuement cherchée par Maupassant. Elle existe, dans le manuscrit que nous venons de décrire, sous les formes suivantes:
1o Il ouvrit la bouche comme pour parler encore, battit des paupières, fit une grimace, eut un frisson, poussa un petit soupir, puis demeura immobile, la figure soudain calmée par l’Éternel Apaisement;
2o Puis il se tordit sous ses draps, poussa un gémissement, grinça des dents, agita ses paupières, ouvrit la bouche comme pour parler encore, poussa un long soupir, eut un grand frisson, puis demeura immobile, la figure détendue, apaisée soudain par l’Éternel Oubli;
3o Était-ce vrai? non, peut-être? Elle avait perçu cependant le contact de quelque chose d’inexprimable, et s’étant soulevée ivre de peur, elle regardait le visage. Il était tranquille, détendu, sans angoisse et sans souffle, apaisé soudain par l’Éternel Oubli;
4o Enfin nous la distinguons, à travers les corrections dernières, sous cette forme: Il était tranquille, détendu, impassible à tout chagrin, insensible à toute misère, sans angoisse et sans souffle, apaisé soudain par l’Éternel Oubli.
Nous donnons ci-après la version de la mort d’Olivier Bertin d’après le manuscrit de 327 feuillets, version qui n’a jamais été publiée jusqu’alors.
PREMIÈRE VERSION INÉDITE
DE LA SCÈNE FINALE
DE FORT COMME LA MORT.
Et il s’en alla très vite, sans se retourner.
Quand elle fut seule, elle se laissa tomber sur un siège et sanglota.
Elle serait restée ainsi jusqu’à la nuit si Annette soudain n’était venue la chercher.