Il répétait:
—Vite, vite, au feu.
Elle prit deux poignées, deux grosses poignées de lettres et les jeta dans la cheminée. Une grande flamme brilla, puis parut s’éteindre sous une pluie d’autres lettres, puis rejaillit plus éclatante.
La comtesse en jetait toujours, emplissant le foyer de toute la tendresse de sa vie qui flambait là devant elle; et quand le tiroir fut vide, elle demeura debout, devant la cheminée, regardant de ses yeux pleins de larmes se changer en cendres impalpables tous les mots d’amour qu’elle lui avait écrits.
Mais soudain, sur la couche de papiers à moitié consumés déjà qui se tordaient et devenaient noirs, elle vit couler des gouttes de sang. Elles semblaient sortir du cœur même des lettres et glissaient doucement vers la flamme en laissant une traînée rouge. Cela était tellement étrange, tellement affreux, que la comtesse poussa un faible cri, puis elle comprit tout à coup qu’elle avait vu simplement la cire des cachets qui fondait.
—Tout y est? demandait Olivier.
—Oui, tout.
—Approchez-vous de moi.
Quand elle fut tout près, il reprit:
—Adieu, adieu, Any. Je vous ai bien aimée. Tout le bonheur de ma vie je vous le dois. Les derniers jours seuls ont été durs. Ce n’est point votre faute... Ecoutez, j’ai encore quelque chose à vous demander. Si je ne suis pas mort demain, promettez-moi, jurez-moi que vous m’amènerez Annette.