Le guide partit en avant avec la mule et les chevaux, et ils allèrent à petits pas.

La montagne, fendue du haut en bas, s'entrouvrait. Le sentier s'enfonce dans cette brèche. Il suit le fond entre deux prodigieuses murailles; et un gros torrent parcourt cette crevasse. L'air est glacé, le granit paraît noir et, tout là-haut, ce qu'on voit du ciel bleu étonne et engourdit.

Un bruit soudain fit tressaillir Jeanne. Elle leva les yeux; un énorme oiseau s'envolait d'un trou: c'était un aigle. Ses ailes ouvertes semblaient chercher les deux parois du puits, et il monta jusqu'à l'azur où il disparut.

Plus loin, la fêlure du mont se dédouble; le sentier grimpe entre les deux ravins, en zigzags brusques. Jeanne, légère et folle, allait la première, faisant rouler des cailloux sous ses pieds, intrépide, se penchant sur les abîmes. Il la suivait, un peu essoufflé, les yeux à terre par crainte du vertige.

Tout à coup le soleil les inonda; ils crurent sortir de l'enfer. Ils avaient soif, une trace humide les guida, à travers un chaos de pierres, jusqu'à une source toute petite, canalisée dans un bâton creux pour l'usage des chevriers. Un tapis de mousse couvrait le sol alentour. Jeanne s'agenouilla pour boire; et Julien en fit autant.

Et, comme elle savourait la fraîcheur de l'eau, il lui prit la taille et tâcha de lui voler sa place au bout du conduit de bois. Elle résista; leurs lèvres se battaient, se rencontraient, se repoussaient. Dans les hasards de la lutte, ils saisissaient tour à tour la mince extrémité du tube et la mordaient pour ne point lâcher. Et le filet d'eau froide, repris et quitté sans cesse, se brisait et se renouait, éclaboussait les visages, les cous, les habits, les mains. Des gouttelettes pareilles à des perles luisaient dans leurs cheveux. Et des baisers coulaient dans le courant.

Soudain, Jeanne eut une inspiration d'amour. Elle emplit sa bouche du clair liquide, et, les joues gonflées comme des outres, fit comprendre à Julien que, lèvre à lèvre, elle voulait le désaltérer.

Il tendit sa gorge, souriant, la tête en arrière, les bras ouverts; et il but d'un trait à cette source de chair vive qui lui versa dans les entrailles un désir enflammé.

Jeanne s'appuyait sur lui avec une tendresse inusitée; son coeur palpitait; ses reins se soulevaient; ses yeux semblaient amollis, trempés d'eau. Elle murmura tout bas: «Julien… je t'aime!» et, l'attirant à son tour, elle se renversa et cacha dans ses mains son visage empourpré de honte.

Il s'abattit sur elle, l'étreignant avec emportement. Elle haletait dans une attente énervée; et tout à coup elle poussa un cri, frappée, comme de la foudre, par la sensation qu'elle appelait.