«Que de choses à connoître encore dans ce que nous croyons savoir le mieux! Qui de nous, en relisant nos classiques, n'est pas souvent étonné d'y voir ce qu'il n'avoit pas encore vu?»[4]

«Un autre genre de défauts peut leur faire illusion (aux jeunes étudians) dans un auteur tel que Fontenelle; et s'ils ne sont pas bien accoutumés par la lecture des classiques à ne goûter que ce qui est sain, l'abus qu'il fait de son esprit, et ses agrémens recherchés pourront leur paroître ce qu'il y a de plus charmant et de plus parfait.»[5]

Il n'est pas besoin de dire ce que signifie dans ces exemples le mot classique. M. de Laharpe parle comme l'Académie, cela est incontestable. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est qu'il se soit servi de la même expression dans le sens restreint de livre de classe. On est d'autant plus porté à le croire, qu'en parlant des Délices et des Élégances de la langue latine, il dit: «Ce sont les titres de quelques livres de classe[6] N'auroit-il pas employé cette locution livres classiques si elle eût eu à ses yeux le même sens? Tout le monde connoît d'ailleurs l'aversion qu'il avoit pour les mots nouveaux, et son zèle à défendre la langue contre toute espèce de néologisme.

Il seroit malgré cela très-possible que M. de Laharpe eût donné à certains livres de classe le nom de classiques; cela prouveroit qu'il regardoit comme tels quelques uns des ouvrages employés dans les colléges et dans les écoles, chose qui est vraie et dont personne ne doute; mais cela ne montreroit pas qu'il suffit, selon lui, qu'un livre soit en usage dans les classes pour mériter la dénomination de classique, chose qui fait précisément le sujet de la question.

Je n'ignore pas que le mot classique n'a pas toujours été pris dans un sens rigoureux. Plus d'une fois, lorsqu'on a complimenté un auteur, on a encensé sa vanité en donnant le nom de classique à son livre; mais en cette circonstance même, l'expression dont il s'agit a conservé presque toute sa valeur. M. de Voltaire écrivant à l'abbé d'Olivet, lui disoit: «Tous ceux qui parlent en public doivent étudier votre Traité de la Prosodie; c'est un livre classique qui durera autant que la langue françoise.» Qu'à cette manière de parler, c'est un livre classique, on substitue celle-ci, c'est un livre de classe; et que l'on décide quels seroient en ce cas la délicatesse et le mérite du compliment.

Au reste, je ne nie point que plusieurs écrivains estimables de ces derniers temps n'aient employé le mot classique dans le sens de M. Molard. J'avoue encore que chez les libraires, tous les livres de classe sont des classiques. Un compilateur qui travaille pour un collége, dit qu'il fait un classique. Il n'y a pas jusqu'aux élémens d'arithmétique, de géographie, aux abécédaires même qu'on n'appelle classiques. L'usage peut finir par faire la loi, et l'Académie par obéir: mais alors il faudra une expression nouvelle pour rendre ce que les personnes qui parlent bien entendent par classique. Ce mot le plus beau, le plus précieux de notre langue, perdra toute sa noblesse; il sera dégradé.

XVII.

Corne de Cerf. Dites, bois de cerf.


Il est des circonstances où l'on pécheroit en suivant cette décision. On ne doit pas se servir du mot corne lorsqu'il est question de la tête et du bois d'un cerf; mais lorsqu'on ne fait attention qu'à la matière, le mot corne est françois. On dit: un couteau emmanché de corne de cerf; de la raclure de corne de cerf; de la gelée de corne de cerf. Si dans ces locutions, on employoit le mot bois, on feroit une faute grossière.