—Est-ce que, dernièrement, quand tu me parlais du mariage de Bijou... tu avais une idée de derrière la tête?...

Sans répondre, Bertrade répéta la question:

—Une idée de derrière la tête?...

—Oui... est-ce que, par exemple, tu pensais que Bijou aime ce petit Bernès?...

—Je vous ai dit ce jour-là, grand’mère, que je crois que Bijou n’aime, n’a aimé, et n’aimera jamais personne...

—Si tu m’avais dit ça... comme tu me le dis en ce moment... j’aurais certainement protesté... il est impossible, à mon sens, de se tromper d’une façon plus complète que tu ne le fais... n’aimer personne?... Bijou!... alors que nul n’a besoin autant qu’elle de caresses et d’affection...

—Elle a besoin de caresses et d’affection... oui... c’est entendu!... c’est-à-dire qu’elle a besoin qu’on la caresse et qu’on l’aime... mais non pas de caresser et d’aimer...

—Autrement dit, c’est une nature, sèche, égoïste?...—demanda la marquise dont la voix se durcit tout à coup;—en vérité, Bertrade, tu en veux à Bijou de son charme... tu lui en veux de ce que personne ne peut résister à ce charme infini... et, au lieu de t’en prendre à Paul, qui est le vrai coupable, tu accuses cette petite méchamment...

Très douce, madame de Rueille répondit:

—Je n’accuse pas Bijou plus que Paul, grand’mère... je les accuse d’autant moins que je ne crois pas beaucoup au libre arbitre, moi!... oui... je vous indigne en vous avouant ça, je le vois bien... vous trouvez que je blasphème, n’est-ce pas?... et pourtant, Dieu sait si ça rend indulgent, le genre de réflexions auxquelles je me livre parfois!...