Un murmure de voix interrompit ses réflexions. Madame de Bassigny sortait de la chapelle, escortée de deux ou trois femmes de Pont-sur-Sarthe qui lui faisaient habituellement une petite cour.

— Oh!… oh!… — pensa Coryse — je crois que c'est le cas de placer mon petit boniment!…

Et elle marcha lentement vers le groupe, la tête baissée, semblant profondément absorbée dans la contemplation d'un petit caillou qu'elle faisait rouler en le poussant du bout de son pied.

— Ah!… voilà mademoiselle Chiffon!… — cria madame de Bassigny — ça va bien, mademoiselle Chiffon?…

— Très bien, madame… — répondit Coryse qui, tout de suite, s'aperçut qu'on la regardait attentivement.

C'est qu'elle excitait beaucoup la curiosité en ce moment. L'histoire de la demande en mariage, du refus, du départ de M. d'Aubières, — rencontré à huit heures du matin en bourgeois, dans un fiacre chargé d'une malle, — courait déjà Pont-sur-Sarthe. Et, en venant à la messe, madame de Bassigny l'avait racontée à ses compagnes, s'étonnant fort que «cette petite sans le sou refusât un duc de vingt-cinq mille livres de rente».

On jalousait ferme la pauvre petite, et on lui en voulait à la fois et de la demande et du refus.

— Comment lui couler en douceur l'héritage de l'oncle Marc?… — se répétait Chiffon, tandis que la femme du colonel la dévisageait âprement — c'est pas facile!… faut que ça ait l'air de venir naturellement…

— Je suis doublement enchantée de vous rencontrer, mademoiselle Coryse — dit d'un air aimable madame de Bassigny — car je vais vous prier de transmettre à madame votre mère une invitation que j'allais lui adresser en rentrant… je veux lui demander de venir dîner de jeudi en quinze avec vous et M. de Bray… et aussi M. Marc… s'il y consent… mais je n'espère pas qu'il nous fasse cet honneur…

Chiffon sauta sur l'occasion qui se présentait, et, regardant attentivement madame de Bassigny pour bien suivre les moindres mouvements de sa physionomie, elle répondit d'une voix claire :