— Puisqu'elle a la petite faiblesse de tenir à ce détail… pourquoi ne pas la satisfaire?…
— Mais je la satisfais!… mais je ne fais que ça, sapristi!… en lui parlant, je ne l'appelle pas… j'évite… mais en parlant d'elle, je dis «ma mère» gros comme le bras… j'en ai plein la bouche… mais pas plein le cœur!… Ah! c'est pas ma faute, va!… j'ai essayé!… depuis que tu as remplacé mon pauvre papa, surtout!… tu as été si bon pour la petite fille sauvage et laide qui ne voulait pas te voir… et je t'ai tant aimé quand je t'ai connu, que, pour te faire plaisir, j'aurais voulu aimer ta femme… Ah! ouiche!… j'ai pas pu!…
— Mais c'est abominable, ce que tu dis là!…
— En quoi?… je lui suis attachée comme il faut?… je serais désolée s'il lui arrivait la moindre chose et je ne lui souhaite que du bonheur… mais quand je ne la vois pas, je respire mieux, c'est positif!…
Voyant la mine atterrée de son beau-père, elle reprit :
— Mais tu sais…, tout ce que je te dis là, je ne l'ai jamais dit à personne qu'à toi…
— C'est heureux! — balbutia le pauvre homme abasourdi.
— C'est vrai!… je n'ai confiance que dans toi…
Elle regarda, par-dessus son épaule, le comte de Bray qui se balançait silencieux dans un fauteuil de bambou, et ajouta :
— Et aussi dans l'oncle Marc!… Pourquoi ne dis-tu rien, oncle Marc?…