Pâle, les lèvres pincées, les yeux durs, elle assista dans la triste cathédrale au mariage de sa mère, comprenant vaguement que là disparaissait le dernier souvenir du pauvre papa qu'elle n'avait pas connu et qui peut-être l'eût aimée.

Et ce fut le cœur désolé et plein de rancune que la petite entra dans sa nouvelle maison.

Tout de suite, M. de Bray aima Chiffon, mais, devinant ce qui se passait en elle, il ne chercha pas à hâter l'instant qui devait les rapprocher. L'intraitable caractère de sa femme amena ce rapprochement.

Effarouchés du vacarme, des pleurs, des éclats et des grands gestes de la marquise, ces deux êtres gais et bons cherchèrent instinctivement l'un chez l'autre un appui. Ils multiplièrent, sans même s'en rendre compte, les occasions de se réunir, et Chiffon en arriva à n'être un peu joyeuse et rassurée que quand son beau-père était là.

Toujours l'enfant s'était appliquée à cacher la terreur qu'elle avait de sa mère. Elle se redressait au bruit des cris, affectant un calme irritant et levant impertinemment le nez, alors qu'elle sentait pourtant claquer ses dents et trembler ses petites jambes.

Mais un soir elle se trahit. Poursuivie à travers un corridor par madame de Bray qui l'injuriait, elle enfourcha brusquement la rampe de l'escalier et, glissant jusqu'au bas, se précipita dans la bibliothèque. Là, se croyant seule, elle se plaqua contre la porte, haletante, angoissée, écoutant si sa mère la cherchait.

Marc de Bray, qui habitait avec son frère, fumait enfoncé dans un grand fauteuil loin de la lampe. Il appela doucement la petite. Elle se retourna, mécontente d'être surprise dans ce moment de faiblesse et d'abandon.

— Ah! — fit-elle d'un ton fâché — vous êtes là, vous?…

Marc répondit, un peu goguenard :

— Mon Dieu, oui, mademoiselle Corysande!… je suis là!… je vous gêne?…