Elle se tourna vers M. de Bray, l'œil suppliant, et ajouta :

— Il faisait si, si beau!…

— Et où êtes-vous allée?…

Jusqu'à l'âge de cinq ans, la marquise avait dit «vous» à sa fille, qui lui disait également vous. Elle n'admettait pas qu'il en fût autrement, parce que, affirmait-elle, le tutoiement entre enfants et parents datait de la Révolution. Il était ignoble et nivelait les classes, etc… Et puis, un beau jour, au retour d'un de ses voyages, elle avait déclaré que le tutoiement réciproque était plus tendre ; que lui seul marquait l'intimité, la confiance ; qu'à présent, «toutes les femmes du faubourg Saint-Germain» tutoyaient leurs enfants et se faisaient tutoyer par eux. Et, subitement, elle avait exigé que Coryse la tutoyât. La pauvre petite, qui eût employé volontiers une appellation plus cérémonieuse encore que le «vous», avait eu peine à se faire à ce tutoiement si loin de son cœur et de ses lèvres. Madame de Bray aussi s'oubliait souvent. Dès qu'une discussion quelconque l'emportait, elle criait «vous» à Chiffon comme par le passé, et la petite, remise dans le ton, — comme elle disait, — reprenait avec joie la «tradition» ancienne. Elle répondit :

— Je viens de vous le dire… je suis restée dans le jardin…

— A fainéanter?…

— Non…

— Qu'est-ce que vous avez fait?…

— J'ai regardé les fleurs…

— C'est bien ce que je disais!…