— Non… je voudrais seulement vous expliquer…
— Attendez que j'aie fini… donc je dis à l'oncle Marc : «Voilà M. d'Aubières avec la dame dont on ne parle pas…» et il me répond : «Tu ne sais pas ce que tu dis!… tu es myope comme une taupe et tu ne peux rien distinguer d'ici là-bas…» Alors je lui offre de trotter pour voir… mais il ne veut pas… et le premier sentier que nous trouvons… crac!… il me pousse dedans pour que je ne puisse plus regarder la route… et c'est tout pour cette fois-là…
— Je vais vous…
— C'est pas fini!… un mois après, j'étais avec le vieux Jean… je vous revois avec la même dame et presque à la même place… Ah! je me dis, cette fois-ci, comme moi je ne suis pas comme ma mère et madame de Bassigny et que j'ai pas peur de me brûler, je veux les regarder de près… et je trotte… «Mam'zelle Coryse, — me dit Jean, — la route devient bigrement grasse… les chevaux vont s'coller su'l'museau, bien sûr!… m'est avis qu'y' vaudrait mieux retourner par où qu'nous venons…» Je ne l'écoute pas, vous pensez… mais, à ce moment-là, vous remontez dans le fiacre ridicule et vous filez par la route de Crisville… je dis à Jean : «Je veux voir où ils vont…» et il me répond : «Ça, mademoiselle, c'est des choses qu'est pas à faire!…»
— Et après?…
— Après, je vous ai perdus à un carrefour… mais je vous ai retrouvés tout de même… à l'auberge de Crisville… votre fiacre mangeait l'avoine, et vous étiez au premier à une fenêtre… avec la cocotte… alors, j'ai pensé…
— Vous avez pensé?…
— Puisque M. d'Aubières se cache dans la forêt et dans les auberges avec une femme avec qui il ne peut pas se montrer, c'est qu'il veut absolument la voir quand même… et s'il veut la voir quand même, c'est qu'il l'aime, comme Paul de Lussy l'aimait… et même plus!… car pour risquer, lui… un colonel… un homme sérieux et âgé…
Et comme le duc faisait un mouvement :
— Oui… en comparaison de Paul qui a vingt-deux ans, vous êtes âgé, s'pas?… eh bien, pour faire ce que — quand c'était Paul — on appelait déjà des bêtises… il faut…