— Seulement, Luce, il y a quelque chose que je ne comprends pas bien dans tout ça… tu vas tout le temps au bal… tu ne fais que ça!… je croyais que tu avais la permission, moi?…

— Mais je l'ai aussi…

— Eh bien, alors?…

— C'est justement ce que j'ai dit à l'abbé Châtel… «Mais puisque vous me permettez d'aller au bal?…» et il m'a répondu : «Mon enfant, ça n'a aucun rapport… un bal est un lieu où l'on est plus exposé à pécher que dans beaucoup d'autres…»

— Ah!… — fit Chiffon, pensive.

— «… Or, quand vous donnez un bal, vous encouragez, vous facilitez en quelque sorte l'éclosion du péché… vous êtes, dans une certaine mesure, complice ou responsable… Quand, au contraire, vous allez au bal, je vous autorise en toute sécurité à y aller, parce que je suis sûr que, non seulement vous ne péchez point, mais encore vous ne sauriez être pour personne une occasion de péché…» Ça te fait rire? — continua madame de Givry en se tournant vers Marc, qui se roulait dans son fauteuil, — mais moi, j'étais consternée!… toutes les invitations étaient parties… il n'y avait plus que deux jours!… je suis rentrée, et j'ai dit à Hubert et à maman que nous ne donnerions pas le bal, parce que l'abbé Châtel m'en avait refusé la permission…

— Ils ont dû faire des bonnes têtes?… — questionna Coryse, qui riait aussi.

— Ah! je t'en réponds!… Maman m'a dit que j'étais folle d'aller parler de ça à l'abbé… Hubert, lui, était furieux!… il m'a crié : «Eh bien, soit!… nous ne donnerons pas ce bal… mais comme, à présent que nous ne sommes plus en deuil, je n'entends pas que nous recevions des politesses sans les rendre, nous n'irons plus nulle part… vous m'entendez bien… absolument nulle part!… à moi, ça m'est égal, j'exècre le monde!… mais vous?…» Moi, j'étais au désespoir!… et puis, le bon Dieu a eu pitié de moi… il m'a inspiré la pensée d'aller trouver le bon père de Ragon…

— Ah! — fit Coryse, avec une grimace.

— Et le père de Ragon a été charmant… il m'a dit, quand je lui ai raconté la défense de l'abbé Châtel…