— Allons, bon! — grommela Chiffon — v'là que c'est une défense, à cette heure!…

— Enfin, quand je lui ai eu expliqué pourquoi je venais le consulter, il m'a répondu : «Que dit l'Évangile, mon enfant?… que la femme doit obéissance à son mari… votre mari veut que vous donniez un bal… donnez un bal… Dieu le voudra aussi…»

Coryse protesta :

— En voilà une idée, d'aller mêler le bon Dieu à tout ça!… je vous demande un peu si c'est pas ridicule de débattre ces choses-là sur son dos!…

— J'étais ravie… — reprit madame de Givry — j'ai couru tout de suite chez l'abbé Châtel… et je lui ai raconté que j'étais allée me confesser au père de Ragon… et que j'avais la permission… il m'a demandé : «Alors, mon enfant, vous avez été satisfaite du père de Ragon?…» Moi, je n'osais pas trop m'extasier sur le père de Ragon, ni dire tout le bien que j'en pense… j'avais peur de froisser l'abbé Châtel… j'ai seulement dit «oui» parce que je ne voulais pas mentir… alors, il m'a suppliée : «Eh bien, retournez-y!… oui… j'en serai enchanté… car je n'ai jamais vu quelqu'un de plus embêtant que vous à confesser!…» Il a dit embêtant, croiriez-vous?…

— C'est de moi qu'il aura appris ça!… — s'écria Coryse en riant — ce pauvre abbé!… il est si bon et si drôle!…

— Tu sais, Luce… — conseilla Marc de Bray — tu feras bien de ne pas trop raconter cette histoire-là…

— Pourquoi?… — demanda ingénument madame de Givry.

— Mais… parce que… tu te rendrais ridicule… et aussi l'abbé… — ajouta-t-il, pensant que la crainte de nuire à son vieux confesseur ferait taire la jeune femme beaucoup plus que la crainte de se nuire à elle-même.

La marquise s'écria :