La pensée que cet homme, qui lui apparaissait comme un géant… presque vieux, pouvait pleurer, ne lui était jamais venue. Stupéfaite et bouleversée, elle s'assit près de lui.
— Mon Dieu!… — fit-elle, prête à pleurer aussi — mon Dieu!… mon Dieu!…
Elle ne trouvait pas autre chose à dire. Elle perdait la tête. Elle se croyait horriblement mauvaise et stupide, de tourmenter cet être si bon, qui sanglotait doucement à côté d'elle.
L'idée que quelqu'un pouvait souffrir pour elle ou à cause d'elle était odieuse à Coryse. Elle préférait mille fois souffrir elle-même. Et, tout de suite, elle se dit :
«Ma foi, tant pis!… je vais lui avouer ce qui se passe dans ma tête… et puis après… s'il veut tout de même, eh bien, je l'épouserai…»
— Écoutez-moi… — dit-elle, de sa voix un peu sonore, qui remuait si profondément le duc, — écoutez-moi bien… et comprenez-moi… si vous le pouvez toutefois… car je ferai de mon mieux, mais ça ne sera peut-être pas très clair… c'est que c'est très difficile à dire, tout ça!… et si nous étions au soleil au lieu d'être dans le noir… si je voyais votre tête et si vous voyiez la mienne… je n'oserais jamais, jamais!… mais d'abord, je vous en prie… ne pleurez pas comme ça… ça m'est horrible!…
Et, comme sans rien dire il continuait à pleurer, d'un mouvement brusque, elle s'agenouilla devant lui :
— Je vous en prie?…
Elle passa ses bras autour du cou de M. d'Aubières, et, embrassant affectueusement la pauvre joue mouillée, elle répéta, d'une voix infiniment suppliante :
— Je vous en prie?… puisque je vous dis que je ferai tout ce que vous voudrez… tout…