Et, après un silence, elle ajouta :
— C'est ce que je vois faire tout le temps autour de moi… et c'est ce que je ne ferai jamais…
— Vous disiez tout à l'heure — demanda le duc, qui se remettait peu à peu, — que vous alliez m'expliquer pourquoi vous ne voulez pas être ma femme?…
— Oui… et ça m'intimide de vous expliquer ça!… je ne sais de la vie que ce que j'en peux deviner, et ce n'est pas grand'chose… mais enfin j'entends les conversations… on chuchote… on rapproche certains noms… et, quand il y a des bals à la maison, je vois bien des petits flirts… bien des petites incorrections… je ne parle pas des jeunes filles… les jeunes filles, elles, peuvent faire tout ce qu'elles veulent… ça n'a aucun inconvénient, s'pas, puisqu'elles ne sont pas mariées?… non… je veux dire ces dames… il y en a qui trompent leurs maris… et… tromper son mari, je ne sais pas au juste où ça commence ni où ça finit, mais je trouve que c'est très mal…
— Sans doute, c'est mal!…
— Eh bien, voilà!… c'est que je suis sûre que, si je vous épousais… je vous tromperais…
— Mais… — balbutia M. d'Aubières, interloqué — pourquoi êtes-vous sûre de ça?…
— Sûre… enfin autant qu'on peut l'être de ces choses-là!… voyez-vous, jusqu'à présent, je n'ai jamais rencontré personne de qui je me sois dit : «Celui-là, je l'épouserais bien!…»
— Eh bien?…
— Eh bien, si, après que nous serons mariés, j'allais me dire, un jour, en voyant passer un monsieur quelconque : «Tiens! je l'aurais bien épousé, celui-là!…» pensez donc!… quel coup!… ça serait désastreux!…