Ensuite naquit Bregoin,
père de Bilé à la forte fureur....
Bregoin, fils de Brath au beau renom;
C'est de lui que Milé fut fils.
Au lieu de fils, lisez petit-fils: on sait que Milé fut fils de Bilé.
[4] «Ith mac Bregoin atchonnairc hErinn ar-tûs fescor gaimrid a-mulluch tuir Bregoin.» Livre de Leinster, p. 11, col. 2, lignes 50, 51; cf. Livre de Ballymote, folio 20 verso, col. 1, ligne 18.
[5] Poème de Gilla Coemain, dans le Livre de Leinster, p. 4, col. 1, ligne 39.
[6] «Is-ferr radarc duine glan-fhescor gaimrid.» Livre de Leinster, p. 12, col. 1, ligne 1.
§ 5.
L'Espagne et l'île de Bretagne confondues avec le pays des morts.
Mais ce n'est pas de l'Espagne qu'il s'agit ici. Le mot d'Espagne a été introduit ici par l'évhémérisme des chrétiens irlandais. A la doctrine relativement moderne à laquelle on doit la présence du nom de l'Espagne dans les textes qui nous servent ici de base, on peut comparer celle qui, à une date bien plus ancienne, avait fait pénétrer le nom de la Bretagne dans la légende du pays des morts telle qu'on la racontait en Gaule dans les premiers temps de l'empire romain. Si l'on en croit un récit emprunté à un auteur inconnu par Plutarque, qui mourut vers l'an 120 de notre ère, et par Procope, qui écrivait au sixième siècle, le pays des morts est la partie occidentale de la Grande-Bretagne, séparée des régions orientales de cette île par un mur infranchissable. Il y a sur les côtes septentrionales de la Gaule, dit cette légende, une population de marins dont le métier est de conduire du continent les morts dans la partie de l'île de Bretagne qui est leur dernier séjour. Réveillés la nuit par les chuchotements d'une voix mystérieuse, ces marins se lèvent, se rendent au rivage, y trouvent des navires qui ne leur appartiennent point, remplis d'hommes invisibles dont le poids fait plonger les bâtiments autant qu'il est possible sans les faire submerger. Montant sur ces navires, ils arrivent au but d'un coup de rame, dit un texte; en une heure, dit un autre, quoique avec leurs navires à eux, même en s'aidant de voiles, il leur faille toujours au moins un jour et une nuit pour atteindre les côtes de l'île de Bretagne. Quand ils sont arrivés au rivage, leurs invisibles passagers débarquent; en même temps on voit les navires déchargés s'élever au-dessus des flots, et on entend la voix d'un personnage invisible proclamer les noms des nouveaux arrivants qui viennent augmenter le nombre des habitants du pays des morts[1].
Un coup de rame, une heure de navigation au plus, suffit pour exécuter le voyage nocturne qui du continent gaulois transporte les morts à leur dernier séjour. En effet, une loi mystérieuse rapproche pendant la nuit les longues distances qui, de jour, séparent le domaine de la vie du domaine de la mort. C'est la même loi qui, par une soirée claire, a permis à Ith d'apercevoir du haut de la tour de Brégon, dans le pays des morts, les côtes de l'Irlande séjour des vivants. Ce phénomène s'est produit en hiver; car l'hiver est une sorte de nuit, l'hiver, comme la nuit, abaisse les barrières qui s'interposent entre les régions de la mort et les régions de la vie; l'hiver, comme la nuit, donne à la vie l'apparence de la mort, supprime, pour ainsi dire, l'abîme redoutable creusé entre la vie et la mort par les lois de la nature. Voilà comment pendant une belle soirée d'hiver, Ith, du sommet de la tour de Brégon dans l'île des morts, vit à l'horizon les côtes de l'Irlande se dessiner devant lui.