Après les sept émigrations, tochomlada, que nous avons placées en tête du cycle mythologique, nous citerons les tomadma, ou irruptions d'eau, déluges partiels qui figurent au nombre de deux dans les catalogues de la littérature épique irlandaise et qui auraient donné naissance à deux lacs d'Irlande, dans la province d'Ulster: 1° Tomaidm locha Echdach, irruption d'eau qui aurait formé le lac dit aujourd'hui Lough Neagh; 2° Tomaidm locha Eirne, irruption d'eau qui aurait donné naissance au lac dit aujourd'hui Lough Erne. La mythologie grecque connaît aussi deux déluges, celui d'Ogygès et celui de Deucalion; le premier en Attique[1], le second dans la région de la Grèce située près de Dodone et de l'Achéloüs[2]. Les deux déluges analogues que leur donnent pour pendants les catalogues de la littérature épique d'Irlande ont dans cette littérature de nombreux doublets.
[1] Acusilas, fragment 14 (Didot-Müller, Fragmenta historicorum græcorum, t. I, p. 102); Castor, fragment 15, chez Didot-Müller, Ctesiæ ... fragmenta, p. 176. Dans les deux cas, il s'agit d'un texte d'Eusèbe, Præparatio evangelica, X, 10.
[2] Aristote, Météorologiques, livre I, chap. XIV, §§ 21 et 22; édition Didot, t. III, p. 572.
§ 6.
Le cycle mythologique irlandais (suite).—Les batailles entre les dieux dans la mythologie irlandaise, dans celles de la Grèce, de l'Inde et de l'Iran.
La guerre tient une place importante dans la mythologie irlandaise. Au cycle mythologique appartiennent, par exemple, la bataille de Mag Tured, Cath maige Tured; la bataille de Mag Itha, Cath Maige Itha; les combats de Nemed contre les Fomôré, Catha Neimid re Fomorcaib; le massacre de la tour de Conann, Orgain tuir Chonaind; le massacre d'Ailech, où périt Neit fils de Dê ou Dieu, Argaih Ailich for Neit mac in Dui, etc.—Dans le monde divin de l'Irlande, on distingue deux groupes unis par les liens de parenté les plus intimes, et cependant ennemis. Les batailles et les massacres dont nous venons de parler sont ou les épisodes de leur lutte ou des imitations plus récentes de divers épisodes de cette lutte, qui est elle-même une édition celtique de la guerre du Zeus hellénique contre Kronos son père et contre les Titans, de la lutte d'Ahuramazda ou Ormazd, dieu du Bien, contre Añgra Mainyu ou Ahriman, personnification du Mal dans la littérature iranienne; des combats soutenus par les dieux du jour et de la lumière, les Dêva, contre les Asura, dieux des ténèbres, de l'orage et de la nuit, dans la littérature de l'Inde. En Irlande, les Tûatha Dê Danann et, comme eux, Partholon et Nemed qui sur divers points sont des doublets des Tûatha Dê Danann, ont pour rivaux les Fomôre. Dagdê, = *Dago-dêvo-s ou «bon dieu,» roi des Tûatha Dê Danann, est le Zeus ou l'Ormazd de la mythologie irlandaise; les Tûatha Dê Danann «ou gens du dieu (*dêvi) [fils] de Dana,» ne sont autre chose que les Dêva de l'Inde, les dieux du jour, de la lumière et de la vie. Le nom des Fomôre, adversaires des Tûatha Dê Danann, désigne en Irlande un groupe mythique semblable aux Asura indiens, aux Titans grecs; leur chef, Bress, Balar ou Téthra, est issu d'une conception mythique originairement identique à celle qui a produit: le Kronos grec, l'Ahriman des Iraniens, le Yama védique, roi des morts, père des dieux; Tvashtri, dieu père dans le Vêda; enfin, le Varuna védique, dieu suprême primitif supplanté par Indra.
§ 7.
Le roi des morts et le séjour des morts dans la mythologie irlandaise, dans la mythologie grecque et dans celle des Vêda.
Téthra, chef des Fomôré, vaincu dans la bataille de Mag-Tured, devient roi des morts dans la région mystérieuse qu'ils habitent au delà de l'Océan[1]. De même le Kronos grec, vaincu dans la bataille de Zeus contre les Titans, règne dans les îles lointaines des Tout-Puissants ou des Bienheureux, sur les héros défunts qui ont combattu à Thèbes et à Troie.