§ 3.
Le palais enchanté.—Naissance de Cûchulainn.

Ce furent Conall Cernach et Bricriu le querelleur qui se mirent en quête d'un logis. Ils aperçurent une maison isolée, qui paraissait nouvellement construite. Ils y entrèrent. Elle leur sembla fort petite et pauvre: il n'y avait dedans qu'un homme et une femme. Ceux-ci leur souhaitèrent la bienvenue. Conall et Bricriu retournèrent près de leurs compagnons.—«Nous avons découvert une habitation,» leur dirent-ils; «mais elle est indigne de vous. Nous serons fort mal couchés, et nous n'aurons pas de quoi manger.»

Cependant, faute de mieux, le roi et ses guerriers se décidèrent à chercher abri dans cette maison. Chose étrange! cette petite habitation, qui semblait juste assez grande pour un homme et une femme, parut s'élargir quand ils entrèrent: ils trouvèrent place non seulement pour eux, mais pour leurs armes, leurs chevaux, leurs cochers et leurs chars. Les mets les plus abondants, les plus agréables au goût, les plus variés, leur furent servis. Il y en avait qu'ils connaissaient bien; d'autres tout à fait extraordinaires, et dont ils n'avaient jamais goûté.

Cette maison était un de ces palais magiques que, suivant les légendes celtiques, les dieux créent quelquefois sur la terre quand ils veulent exercer sur les hommes une action visible. Il est question de ces palais dans les contes gallois, bretons et français.

Quelque temps après, Dechtéré devint mère, et Lug, lui apparaissant en songe, lui apprit qu'il était le père de l'enfant. C'était Lug qui avait envoyé les oiseaux merveilleux, provoqué la chasse, élevé la pauvre petite maison où le roi Conchobar, Dechtéré, sa sœur, et leurs compagnons avaient trouvé une hospitalité aussi brillante qu'inattendue.


§ 4.
Le mortel Sualtam et le dieu Lug, tous deux pères de Cûchulainn.

Lug, cependant, n'était pas l'époux de Dechtéré. Dechtéré, quand elle eut un enfant, avait un mari: c'était un des principaux personnages de la cour de Conchobar, son frère. On l'appelait Sualtam. Il considérait Cûchulainn comme son fils. Nous avons vu comment la violente ardeur de ses sentiments paternels causa l'accident étrange qui lui ôta la vie[1]. Mais Sualtam n'était pas seul pour donner à Cûchulainn les soins que l'affection paternelle inspire. Le dieu Lug aussi veillait avec la même tendresse sur les jours du héros que l'Irlande chante depuis tant de siècles.

Cûchulainn, couvert de blessures, est seul avec Loeg, son cocher, en face de l'armée d'Ailill et de Medb, qui pénètre dans le royaume d'Ulster. Dans cette armée sont réunis les guerriers de quatre des cinq grandes provinces de l'Irlande, liguées contre la cinquième, qui est l'Ulster; et de tous les hommes d'Ulster, un seul est sous les armes et soutient le poids de la guerre: c'est Cûchulainn. Il a provoqué à des combats singuliers les principaux guerriers de l'armée ennemie; les duels ont succédé aux duels; il a toujours été vainqueur, mais il est criblé de blessures et accablé de fatigue.