§ 7.
Ogmé ou Ogmios le champion.

Parmi les dieux qui jouent un rôle dans le cycle mythologique, il y en a trois au sujet desquels je ne connais rien à citer dans l'épopée héroïque et qui, cependant, continuaient à tenir une place dans la pensée des Irlandais chrétiens. C'étaient Ogmé, Dîan-Cecht et Goibniu. Ogmé ou Ogma, l'Ogmios de Lucien, est le héros qui, à la bataille de Mag-Tured, s'était emparé de l'épée du roi fomôré Téthra[1]. Il est surnommé «à la face solaire,» grîan-ainech. On lui attribuait l'invention de l'écriture ogamique[2] qui a servi aux inscriptions funéraires de l'époque païenne, et dont ni les moines irlandais du neuvième siècle, ni les scribes des temps postérieurs n'avaient perdu la tradition. On le disait fils d'Elada, dont le nom veut dire «composition poétique» ou «science.» On le croyait frère de Dagdé[3]. On prétendait savoir où était situé le sîd ou palais souterrain que Dagdé avait assigné à Ogmé après la conquête de l'Irlande par les fils de Milé[4]. Tel est, à son sujet, la doctrine ancienne. A partir du onzième siècle, Ogmé, cessant d'être considéré comme dieu, prit place parmi les guerriers qui auraient été tués à la seconde bataille de Mag-Tured. On raconta aussi qu'il avait été enterré à Brug na Boinné, localité située à une distance considérable de Mag-Tured. Ce sont là deux légendes contradictoires et d'origine différente, mais l'une et l'autre relativement modernes[5].

[1] Voir plus haut, p. [188–190].

[2] Traité de l'écriture ogamique conservé par le Livre de Ballymote, ms. du quatorzième siècle: O'Donovan, A grammar of the irish language, p. xxviii.

[3] Livre de Leinster, p. 9, col. 2, lignes 13,-14; p. 10, col. 2, lignes 23–24.

[4] «Ogma is-sîd Airceltrai.» Livre de Leinster, p. 245, col. 2, ligne 50.

[5] Voir plus haut, [p. 271].


§ 8.
Dîan-Cecht le médecin.