Dîan-Cecht, ou le dieu «au rapide pouvoir,» est un fils de Dagdé[1]. Corpré le file, autre personnage mythologique qui, par une satire, avait renversé du trône le Fomôré Bress, était, par sa mère Etan, petit-fils de Dîan-Cecht[2]. Dîan-Cecht avait guéri, avec l'aide de Creidné, la blessure reçue à la main par le dieu Nûadu en combattant les Fir-Bolgs à la tête des Tûatha Dê Danann[3]. Il est le médecin des Tûatha Dê Danann. Il fut longtemps, en Irlande, le dieu de la médecine[4].
Le manuscrit 1395 de la bibliothèque de Saint-Gall contient un feuillet de parchemin sur un côté duquel on a prétendu représenter saint Jean l'évangéliste; sur l'autre face, des scribes irlandais, au huitième ou au neuvième siècle, ont écrit des incantations partie chrétiennes, partie païennes. Dans une de ces incantations, on lit ces mots: «J'admire la guérison que Dîan-Cecht laissa dans sa famille, afin que la santé vînt à ceux qu'il aidera[5].» Ainsi, les Irlandais chrétiens du huitième ou du neuvième siècle croyaient encore à Dîan-Cecht une puissance surnaturelle, et l'invoquaient dans leurs maladies.
[1] «Corand, cruittire sede do Dîan-Cecht, mac in Dagdai.» Dinn-senchus, en prose dans le Livre de Leinster, p. 165, col. 1, lignes 35, 36. Il n'y a, je crois, pas grand compte à tenir des généalogies réunies sur les premières lignes de la col. 1 de la page 10 du Livre de Leinster. Dîan-Cecht y est fait fils d'Erarc, lignes 3–4.
[2] Livre de Leinster, p. 9, col. 2, lignes 21–26.
[3] Voir plus haut, p. [154–177].
[4] Sur Dîan-Cecht, considéré comme dieu de la médecine, voyez Glossaire de Cormac, au mot Dîan-Cecht: Whitley Stokes, Three irish glossaries, p. 16, et Sana Chormaic, p. 56. Consulter aussi, dans le présent volume, la p. 177.
[5] «Admuinur in-slânicid foracab Dîan-Cecht li-a-muntir, corop-slân ani for-sa-te.» Zimmer, Glossæ hibernicæ, p. 271. Cf. Verzeichniss der Handschriften der Stiftsbibliothek von St Gallen, 1875, p. 462, 463.
§ 9.
Goibniu le forgeron et son festin.
Nous avons vu Goibniu fabriquer les fers de lance des Tûatha Dê Danann à la bataille mythique de Mag-Tured[1]. Le manuscrit de Saint-Gall, que nous venons de citer, contient, sur la page déjà mentionnée, une incantation destinée à assurer la conservation du beurre; et, dans cette pièce, le nom de Goibniu est trois fois prononcé: «Science de Goibniu! du grand Goibniu! du très grand Goibniu![2]» Pourquoi cette triple invocation à propos de beurre?