CHAPITRE XIV.
LES TÛATHA DE DANANN APRÈS LA CONQUÊTE DE L'IRLANDE PAR LES FILS DE MILÉ.—TROISIÈME PARTIE: LES DIEUX MIDER ET MANANNAN MAC LIR.
[§1]. Le dieu Mider. Etâin, sa femme, est enlevée par Oengus, puis naît une seconde fois et devient fille d'Etair.—[§2]. Etâin est femme du roi suprême d'Irlande. Mider la courtise.—[§3]. La partie d'échecs.—[§4]. Mider fait de nouveau la cour à Etâin. Poème qu'il lui chante.—[§5]. Mider enlève Etâin.—[§6]. Manannân mac Lir et Bran, fils de Febal.—[§7]. Manannân mac Lir et le héros Cûchulainn.—[§8]. Manannân mac Lir et Cormac, fils d'Art. Première partie. Cormac échange contre une branche d'argent sa femme, son fils et sa fille.—[§9]. Manannân mac Lir et le roi Cormac, fils d'Art. Deuxième partie. Cormac retrouve sa femme, son fils et sa fille.—[§10]. Manannân mac Lir est père de Mongân, roi d'Ulster au commencement du sixième siècle de notre ère.—[§11]. Mongân, fils d'un dieu, est un être merveilleux.
§ 1.
Le dieu Mider. Etâin, sa femme, est enlevée par Oengus, puis naît une seconde fois, et devient fille d'Etair.
Nous allons maintenant parler de deux personnages divins qui ne jouent aucun rôle dans les événements que raconte le Livre des conquêtes, et que cette compilation ne mentionne qu'en passant: ce sont Mider et Manannân. Mider, dont le sîd, ou palais souterrain, s'appelait Bregleith, fut, nous l'avons vu, un des deux pères nourriciers d'Oengus, fils de Dagdé. Il eut deux femmes, appelées l'une Etâin[1], l'autre Fuamnach[2], toutes deux déesses ou sîde. Mais, de ces deux épouses, il perdit la première d'une façon qui lui fut pénible, et l'attachement invariable qu'il conserva pour elle amena une suite d'aventures étranges d'abord et finalement tragiques.
Un vieux récit, qui fait partie du cycle de Conchobar et de Cûchulainn, nous fait remonter à une époque où l'élève de Mider, Oengus, qui épousa, comme nous l'avons vu, Caer, fille d'Ethal Anbual, avait enlevé Etâin à son maître ou père nourricier.
Etâin, séparée de Mider, devint l'épouse d'Oengus, qui lui témoignait la plus vive tendresse, la logeait dans une chambre remplie de fleurs odoriférantes, et mettait son bonheur à passer avec elle les soirées et les nuits. Cependant, Mider n'oubliait pas Etâin, il la regrettait, désirait la reprendre, et Fuamnach, la femme qui lui restait, en ressentait une violente jalousie. Un jour, Fuamnach profita de l'absence d'Oengus, qu'elle avait eu l'adresse de faire sortir sous prétexte d'une entrevue avec Mider et d'un projet d'accommodement entre l'élève et le maître.
Un coup de vent, envoyé par elle, enleva Etâin de la chambre charmante que l'amour d'Oengus lui avait donnée pour logis. Le vent[3] déposa Etâin sur le toit d'une maison, où les grands seigneurs d'Ulster, accompagnés de leurs femmes, étaient réunis et buvaient. Du toit, par l'ouverture qui servait de cheminée, Etâin tomba dans une coupe d'or qui se trouvait sur la table, à côté d'une des femmes. Cette coupe contenait de la bière. En buvant cette bière, la femme avala Etâin, dont elle accoucha neuf mois après.