Celle qui devint ainsi mère d'Etâin avait un mari qui s'appelait Etair et qui passa pour le père de la jeune fille. «Jeune fille» ici peut sembler inexact, car Etâin était âgée de mille douze ans quand la femme d'Etair la mit au monde; mais les dieux ne vieillissent pas; et de plus, Etâin commençait une nouvelle vie[4].

[1] Tochmarch Etaine, chez Windisch, Irische Texte, p. 127, lignes 8, 24.

[2] Livre de Leinster, p. 11, col. 2, ligne 20. Le même passage nous apprend qu'elle était sœur de Siugmall; cf. Windisch, Irische Texte, p. 132, ligne 20, et Livre de Leinster, p. 23, col. 1, lignes 37–38.

[3] Dans l'Odyssée, livre VI, vers 20, la déesse Athéné, approchant du lit où dormait Nausicaa, fille du roi des Phéaciens, est comparée au souffle du vent.

[4] Leabhar na hUidhre, p. 129, fragment publié par Windisch, Irische Texte, p. 130–131.


§ 2.
Etâin est femme du roi suprême d'Irlande. Mider la courtise.

Quand Etâin fut grande elle devint la plus belle des filles d'Irlande et la femme du roi suprême Eochaid Airem, dont la capitale était Tara. Le règne d'Eochaid Airem, suivant Tigernach[1], aurait été contemporain de la toute-puissance de César, mort, comme on sait, en l'an 44 avant notre ère.

Un des textes qui nous racontent comment se fit le mariage d'Eochaid a soin de nous signaler l'accomplissement d'une des principales formalités juridiques par lesquelles se formait le lien conjugal dans le droit irlandais: Eochaid, avant le mariage, donna à Etâin un douaire de sept cumal, c'est-à-dire de sept femmes esclaves, ou d'une valeur équivalente. Et ce fut après cela qu'ils devinrent époux.

Mais Mider n'avait pas cessé d'aimer Etâin. Il profita d'une absence du roi pour venir rappeler à la jeune femme le temps où jadis, dans le monde des dieux, il était son mari. Il lui proposa de le suivre dans sa mystérieuse résidence de Bregleith. Etâin, respectant les liens nouveaux qu'elle avait formés, repoussa cette proposition. «Je n'échangerai pas,» dit-elle, «le roi suprême d'Irlande pour un mari comme toi, qui n'a pas de généalogie et auquel on ne connaît pas d'ancêtres[2].»—Mider ne se tint pas pour battu.