[1] O'Conor, Rerum hibernicarum scriptores, t. II, 1re partie, p. 8.

[2] Windisch, Irische Texte, lignes 30–31. Ce passage est emprunté au Leabhar na hUidhre, manuscrit du onzième siècle. Rien n'établit plus catégoriquement la date récente des généalogies compliquées attribuées aux Tûatha Dê Danann par divers documents. Voyez, sur les ancêtres qu'on donne à Mider, Livre de Leinster, p. 11, col. 1, ligne 51, et p. 10, col. 1, lignes 2 et suiv. Comparez le tableau généalogique publié par O'Curry, Atlantis, t. III, en face de la p. 382.


§ 3.
La partie d'échecs.

Par une belle journée d'été, Eochaid Airem, roi suprême de l'Irlande et mari d'Etâin, de retour à Tara, regardait du haut de sa forteresse dans la plaine. Il admirait la campagne et ses tons harmonieux. Il vit s'approcher un guerrier inconnu. Cet étranger était vêtu d'une tunique de pourpre; ses cheveux étaient jaunes comme de l'or; son œil bleu brillait comme une chandelle. Il portait une lance à cinq pointes et un bouclier orné de perles d'or.

Eochaid lui souhaita la bienvenue, tout en lui disant qu'il ne le connaissait point.—«Je te connais bien, moi, et depuis longtemps,» dit le guerrier.—«Quel est ton nom?» demanda Eochaid.—«Il n'a rien d'illustre,» répondit l'étranger. «Je m'appelle Mider de Bregleith.»—«Quelle raison t'amène ici?» reprit Eochaid.—«Je viens,» dit l'inconnu, «jouer aux échecs avec toi.»—«Je suis fort aux échecs,» dit Eochaid, qui passait pour le premier joueur d'échecs d'Irlande. «Nous verrons ce qu'il en est,» reprit Mider.—«Mais,» répondit Eochaid, «la reine dort en ce moment, et c'est dans sa chambre qu'est mon jeu d'échecs[1].»—«Peu importe,» répliqua Mider, «j'ai avec moi un jeu qui n'est pas moins beau que le tien.»

Et il disait la vérité. L'échiquier qu'il apportait était d'argent, à chaque coin brillaient des pierres précieuses. D'un sac fait d'une brillante étoffe de fil de laiton, il tire les guerriers, c'est-à-dire les pièces, qui étaient d'or. Il dispose l'échiquier comme il fallait.

—«Joue,» dit-il au roi.—«Je ne jouerai pas sans enjeu,» répondit Eochaid.—«Quel sera l'enjeu?» dit Mider.—«Cela m'est égal,» reprit Eochaid.—«Quant à moi,» répliqua Mider, «si tu gagnes je te donnerai cinquante chevaux bruns à la poitrine large, aux pieds minces et agiles.»—«Et moi,» reprit le roi, comptant sur le succès, «si je perds, je te donnerai ce que tu voudras[2]

Mais, contre son attente, Eochaid fut battu par Mider. Et quand il demanda à son adversaire, selon les conventions préalables, ce que celui-ci désirait: «C'est ta femme,» répondit Mider, «c'est Etâin que je veux.» Le roi fit observer que, d'après les règles du jeu, celui qui perdait la première partie avait droit à la revanche, c'est-à-dire qu'il fallait une seconde partie perdue pour rendre définitif le résultat de la première. Et il proposa de renvoyer à un an cette partie nouvelle. Mider accepta le délai bien que de mauvaise grâce, et il disparut, laissant le roi et sa cour interdits.