[2] Leabhar na hUidhre, p. 131; Windisch, Irische Texte, p. 132, 133. J'ai retranché de la traduction plusieurs vers où paraissent nécessaires des corrections qu'il n'est pas prudent de risquer sans avoir vu d'autres manuscrits. Le quatrain qui, dans l'édition de M. Windisch, forme les lignes numérotées 11 et 12, exprime une pensée chrétienne qui a été intercalée pour faire passer le reste, et je l'ai supprimé.

[3] République, livre II; Platonis opera, édit. Didot-Schneider, t. II, p. 26, lignes 15–20.


§ 5.
Mider enlève Etâin.

L'année finie, Eochaid se trouvait à Tara, entouré des grands seigneurs d'Irlande, quand apparut Mider, qui semblait fort mécontent.—«Nous allons,» dit Mider, «jouer notre seconde partie d'échecs.»—«Quel sera l'enjeu?» demanda Eochaid.—» Ce que désirera le gagnant,» répondit Mider, «et cette partie-ci sera la dernière.» «Que désires-tu?,» reprit Eochaid.—«Mettre mes deux mains autour de la taille d'Etâin,» dit Mider, «et lui donner un baiser.» Eochaid se tut d'abord; puis enfin, élevant la voix:—«Reviens dans un mois,» lui dit-il, «et on te donnera ce que tu demandes.» Mider accepta ce nouveau délai, il partit.

Quand arriva le jour fatal, Eochaid était au milieu de la grande salle de son palais à Tara, avec sa femme; autour d'eux se pressaient en rangs épais les plus braves guerriers de l'Irlande, que le roi avait appelés à son aide et qui remplissaient non seulement le palais, mais la cour de la forteresse; les serrures des portes étaient fermées. Eochaid comptait résister par la force au rival qui prétendait lui enlever sa femme. La journée se passa et le dieu terrible ne paraissait point. La nuit vint. Tout d'un coup, on aperçut Mider au milieu de la salle. On ne l'avait pas vu entrer. Le beau Mider, dit le conteur irlandais, était, cette nuit, plus beau que jamais.»

Eochaid le salua: «Me voici,» dit Mider; «donne-moi ce que tu m'as promis. C'est une dette et j'ai le droit d'en exiger l'acquittement.»—«Je n'y ai pas songé jusqu'à présent,» répondit Eochaid hors de lui. «Tu m'as promis de me donner Etâin,» répliqua Mider.

A ces mots, la rougeur monta au visage d'Etâin. Mider lui adressa la parole: «Ne rougis pas,» lui dit-il, «tu n'as pas de reproche à te faire. Depuis un an, je ne cesse de solliciter ton amour, en t'offrant bijoux et richesses. Tu es la plus belle des femmes d'Irlande et tu as refusé de m'écouter aussi longtemps que ton mari ne t'en aurait pas accordé la permission.»—«Je t'ai dit,» reprit Etâin, «que je n'irai pas où tu m'appelles, tant que mon mari ne m'aura pas cédée à toi. Je me laisserai prendre si Eochaid me donne.»—«Je ne te donnerai pas,» s'écria Eochaid. «Je consens seulement à ce qu'il mette ses deux mains autour de ta taille ici, dans cette salle, comme il a été convenu.»—«Cela va être fait,» répondit Mider.

Il tenait une lance dans sa main droite; il la fit passer dans la main gauche, et, de son bras droit saisissant Etâin, il s'éleva en l'air et disparut avec elle par l'ouverture qui, pratiquée dans le toit, servait de cheminée aux palais irlandais. Les guerriers qui entouraient le roi se levèrent honteux de leur impuissance; ils sortirent et ils aperçurent deux cygnes qui voltigeaient autour de Tara; leurs longs et blancs cous étaient unis par un joug d'or.

Les Irlandais virent souvent, plus tard, des couples merveilleux de cette espèce. Mais alors, c'était la première fois qu'un tel spectacle leur était donné. Dans ces deux cygnes, Eochaid et ses guerriers reconnurent Mider et Etâin; mais les deux fugitifs étaient trop loin pour qu'on pût les atteindre[1]. Plus tard, cependant, un druide apprit à Eochaid où se trouvait le palais souterrain de Mider. Eochaid, avec le secours de la puissance magique que les druides possèdent, força l'entrée de cette résidence mystérieuse, et il reprit au dieu vaincu la femme si belle et si aimée. Mais un jour Mider se vengea: la mort tragique du roi suprême Conairé, petit-fils par sa mère d'Eochaid Airem et d'Etâin, fut causée par la haine implacable de ce dieu et de ses gens, c'est-à-dire des sîde de Bregleith, contre la postérité d'Eochaid Airem et de la femme que ce prince avait enlevée à l'amoureux Mider[2].