[1] Leabhar na hUidhre, p. 132.

[2] Leabhar na hUidhre, p. 99, col. 1, lignes 12 et suiv. Nous connaissons, au sujet de Mider, quelques documents que nous n'avons pas utilisés ici. Ainsi, sur l'intervention de ce dieu dans la légende d'Eochaid mac Maireda, voyez Leabhar na hUidhre, p. 39, col. 2, ligne 1. Mider, roi des hommes de Ferfalga, beau-père du héros Cûroi, est probablement identique à notre dieu. O'Curry, On the Manners, t. III, p. 80.


§ 6.
Manannân mac Lir et Bran, fils de Febal.

Manannân mac Lir, comme son nom l'indique, est fils de Ler, c'est-à-dire de la Mer. Entre lui et les autres dieux, ou Tûatha Dê Danann, dont nous avons parlé jusqu'ici, il y a une différence importante: le palais merveilleux qu'il habite n'est pas situé en Irlande; il se trouve dans une île de la mer, et à une distance assez grande des côtes pour être inaccessible dans les conditions ordinaires de la navigation. A ce point de vue, Manannân et quelques autres dieux de la catégorie des Tûatha Dê Danann présentent une certaine analogie avec les Fomôré: il faut faire un voyage par mer pour atteindre leur résidence, comme pour gagner la vaste terre où, sous la domination des Fomôré, les défunts trouvent les joies d'une vie nouvelle, et l'immortalité.

Bran, fils de Febal, est un des voyageurs qu'un navire a transportés dans les îles des Tûatha Dê Danann. Il en est revenu, et a pu raconter son histoire.

Un jour, il était seul près de son palais; il entendit une musique très douce qui l'endormit, et, en se réveillant, il trouva à côté de lui une branche d'argent, couverte de fleurs[1]. Il la prit, et l'apporta chez lui; mais il ne la garda pas longtemps. Un jour, il y avait chez lui réunion nombreuse; beaucoup de chefs, accompagnés de leurs femmes, étaient rassemblés dans son palais, quand apparut une femme inconnue qui l'invita à se rendre dans le pays mystérieux des Sîde. Puis elle disparut, et avec elle la branche d'argent.

Bran s'embarqua le lendemain, et trente personnes avec lui. Au bout de deux jours, ils rencontrèrent Manannân mac Lir, roi du pays inconnu vers lequel ils naviguaient. Manannân était dans un char, et chantait en vers le bonheur de son royaume. Bran continua son voyage et arriva dans une île qui n'était peuplée que de femmes. La reine était celle qui l'avait invité. Il y resta longtemps, puis revint en Irlande[2].

[1] On trouvera plus bas, [p. 327], une branche analogue, dans la légende de Cormac.

[2] Il y a de cette pièce plusieurs manuscrits. Le plus ancien est le Leabhar na hUidhre, p. 121, mais il ne contient plus qu'un très court fragment. Vient ensuite, par ordre de date, le manuscrit H. 2. 16, du collège de la Trinité de Dublin, col. 395–399.