[4] Windisch, Irische Texte, p. 219, ligne 18.
[5] C'est probablement de cet arbre que furent détachées la branche d'argent de Bran mac Febail dont il a été déjà question et la branche aux pommes d'or de Cormac dont nous parlerons plus loin. On peut comparer les arbres du palais souterrain de Brug na Boinné, p. 274–275. L'île d'Avalon, c'est-à-dire du Pommier, dans le cycle d'Arthur, tire sans doute son nom d'un arbre analogue.
[6] Windisch, Irische Texte, p. 219, ligne 25; p. 220, lignes 5, 6.
[7] Windisch, Irische Texte, p. 222–227.
§ 8.
Manannân mac Lir et Cormac, fils d'Art.—Première partie: Cormac échange contre une branche d'argent sa femme, son fils et sa fille.
Nous retrouvons Manannân mac Lir dans le cycle ossianique. Un des principaux personnages de ce cycle est Cormac mac Airt, ou Cormac fils d'Art, dit aussi Cormac hûa Cuinn, c'est-à-dire petit-fils de Conn. Dans les annales de Tigernach, dont l'auteur mourut, comme on sait, en 1088, on lit, sous une date qui paraît correspondre à l'an 248 de notre ère, la mention suivante: «Disparition de Cormac, petit-fils de Conn, pendant sept mois[1].» La disparition de Cormac mac Airt est un événement merveilleux dont le récit est compris dans la seconde liste des récits que racontaient les filé; et cette liste paraît remonter au dixième siècle. Notre légende y est désignée sous le nom d'«Aventures» ou d'«Expédition de Cormac mac Airt.» Ce titre se retrouve en tête de la pièce dont il s'agit dans deux manuscrits du quatorzième siècle, mais avec une addition d'où il résulte que le pays où Cormac se serait rendu s'appelle «Terre de la Promesse»[2]. Des manuscrits plus récents intitulent ce morceau: «Trouvaille de la branche par Cormac mac Airt.» On va comprendre pourquoi.
Un jour, Cormac mac Airt, roi suprême d'Irlande, était dans sa forteresse de Tara. Il vit dans la prairie qui en dépendait un jeune homme qui tenait à la main une branche merveilleuse; neuf pommes d'or y étaient suspendues[3]. Quand on agitait cette branche, les pommes s'entre-choquant produisaient une musique étrange et douce. Personne ne pouvait l'entendre sans oublier à l'instant ses chagrins et ses maux. Puis tous, hommes, femmes et enfants, s'endormaient.
—«Cette branche t'appartient-elle?» demanda Cormac au jeune homme.-«Oui, certes,» répondit celui-ci.—«Veux-tu la vendre?» reprit Cormac.—«Oui,» dit le jeune homme. «Je n'ai jamais rien eu qui ne fût à vendre.»—«Quel prix en exiges-tu?» dit Cormac.—«Je te l'apprendrai après,» répliqua le jeune homme.-«Je te donnerai ce que tu jugeras à propos,» répondit Cormac. «Et suivant toi, que te dois-je?»—«Ta femme, ton fils et ta fille.»—«Tu les auras tous les trois,» répliqua le roi.
Le jeune homme lui donna la branche, et ils entrèrent tous deux dans le palais. Cormac y trouva réunis sa femme, son fils et sa fille.—«Tu as là un bien joli bijou,» lui dit sa femme.—«Ce n'est pas étonnant,» répondit Cormac: «je le paie un gros prix.» Et il raconta le marché qu'il avait fait.—«Nous ne croirons jamais,» répondit sa femme, «qu'il y ait en ce monde un trésor que tu préfères à nous trois.»—«Il est vraiment trop dur,» s'écria la fille de Cormac, «que mon père nous ait échangés contre une branche!» La femme, le fils et la fille étaient tous les trois dans la désolation. Mais Cormac secoua la branche. A l'instant ils oublièrent leur affliction, ils allèrent joyeux au-devant du jeune homme, et partirent avec lui.