Bientôt la nouvelle de cet événement étrange se répandit dans Tara d'abord, puis dans toute l'Irlande. On aimait beaucoup la reine et ses deux enfants; il s'éleva un immense cri de douleur et de regret. Mais Cormac secoua sa branche; aussitôt les plaintes cessèrent, et le chagrin de ses sujets fit place à la joie.

[1] «Teasbhaidh Cormaic hua Cuinn fri-re secht miss.» O'Conor, Rerum hibernicarum scriptores, t. II, première partie, p. 44. La même expression est employée pour désigner l'enlèvement d'Etâin par Mider. Leabhar na hUidhre, p. 99, col. 1, ligne 13.

[2] Tîr Tairngiri. Livre de Ballymote, f° 142, verso. Manuscrit du collège de la Trinité de Dublin, coté H. 2. 16, col. 889. Cf. p. 331.

[3] Comparez la branche d'argent dont il est question plus haut, dans la légende de Bran mac Febail, p. 323.


§ 9.
Manannân mac Lir et le roi Cormac fils d'Art.—Deuxième partie.—Cormac retrouve sa femme, son fils et sa fille.

Une année s'écoula. Cormac éprouva le désir de revoir sa femme, son fils et sa fille. Il sortit de son palais, prit la direction où il les avait vus s'engager. Un nuage magique l'enveloppa; il arriva dans une plaine merveilleuse. Là s'élevait une maison, et une foule immense de cavaliers étaient réunis à l'entour. Leur occupation était de couvrir cette maison de plumes d'oiseaux étrangers. Quand ils avaient couvert une moitié de la maison, les plumes leur manquaient pour terminer ce travail, et ils partaient pour aller chercher les plumes nécessaires à l'achèvement de leur tâche. Mais pendant leur absence, les plumes qu'ils avaient posées disparaissaient, soit qu'elles fussent enlevées par le vent, soit par toute autre cause. Il n'y avait donc pas de raison pour que leur travail fût jamais achevé. Cormac les regarda longtemps, puis perdit patience.—«Je vois bien,» dit-il, «que vous faites cela depuis le commencement du monde, et que vous continuerez jusqu'à ce que le monde finisse.»

Il poursuivit sa route. Après avoir vu plusieurs autres choses curieuses, il arriva dans une maison où il entra. Il y trouva un homme et une femme de grande taille, et dont les vêtements étaient de diverses couleurs. Il les salua; eux, comme il était tard, lui proposèrent l'hospitalité pour la nuit. Cormac accepta.

L'hôte apporta lui-même un cochon tout entier, qui devait servir pour le repas, et une bûche énorme, qui, fendue en plusieurs morceaux, devait le cuire. Cormac prépara le feu et mit dessus un quartier de cochon.—«Raconte-nous une histoire,» dit l'hôte à Cormac, «et, si elle est vraie, lorsque tu l'auras terminée, le quartier de cochon sera cuit.»—«Commence toi-même,» répondit Cormac, «ta femme parlera ensuite; mon tour viendra après.»—«Tu as raison,» répliqua l'hôte. «Voici mon histoire. Ce cochon est un des sept que je possède; et de leur chair je pourrais nourrir le monde entier. Quand un d'eux est tué et mangé, je n'ai qu'à mettre ses os dans l'étable, et le lendemain je le retrouve vivant[1].» L'histoire était vraie, car aussitôt qu'elle fut finie, le quartier de cochon se trouva cuit.

Cormac mit un second quartier de cochon sur le feu; la femme prit la parole.—«J'ai sept vaches blanches,» dit-elle; «et tous les jours je remplis sept cuves de leur lait. Si les habitants du monde entier se réunissaient dans cette plaine, j'aurais assez de lait pour les rassasier.» L'histoire était vraie, car, aussitôt qu'elle fut terminée, on constata que le quartier de cochon était cuit. «Je vois,» dit Cormac, «que vous êtes Manannân et sa femme. C'est Manannân qui possède les cochons dont tu viens de parler, et c'est de la Terre Promise qu'il a ramené sa femme et les sept vaches[2]