I
Quelle merveille, ô Crimthann Cass!
C'est de la bière qui tombe à chaque pluie.
Toute armée en marche est de cent mille guerriers;
On va de royaume en royaume.
On entend la musique noble et mélodieuse des dieux;
On va de royaume en royaume.
Buvant dans des coupes brillantes,
Ou s'entretient avec qui vous aime.


J'ai pour femme moi-même
Dêr Grêné, fille de Fiachna.
Après cela, te raconterai-je,
Il y a une femme pour chacun de mes cinquante compagnons.
Nous avons apporté de la plaine de Mag Mell
Trente chaudrons, trente cornes à boire,
Nous en avons apporté la plainte que chante Maer,
Fille d'Eochaid le muet.
Quelle merveille, ô Crimthann Cass!
C'est de la bière qui tombe à chaque pluie.
Toute armée en marche est de cent mille guerriers;
On va de royaume en royaume.
II
Quelle merveille, ô Crimthann Cass!
Je fus maître de l'épée bleue.
Une nuit des nuits des dieux!
Je ne la donnerais pas pour ton royaume.

Après avoir chanté ces vers, Loégairé quitta son père et l'assemblée des habitants de Connaught, et il retourna dans ce pays mystérieux d'où il venait. La royauté y est partagée entre Fiachna son beau-père et lui; c'est lui qui règne dans la forteresse de Mag Mell;—c'est-à-dire de la Plaine Agréable où vont habiter les morts,—et il a toujours pour compagne la fille de Fiachna[1].

[1] Livre de Leinster, p. 275, col. 2, p. 276, col. 1 et 2.


§ 7.
La descente de cheval dans la vieille légende de Loégairé Liban et dans la légende moderne d'Ossin.

Dans cette légende, un détail caractéristique sur lequel nous appellerons l'attention, c'est la recommandation faite à Loégairé Liban par son beau-père de ne pas descendre de cheval en Irlande. Loégairé a suivi ce conseil. Aussi a-t-il pu regagner sain et sauf la contrée merveilleuse où il a trouvé une femme, un trône, et un bonheur surhumain.

Il y a là une croyance mythologique que la légende de Loégairé n'est pas seule à nous conserver. L'existence de cette croyance est attestée aussi par le cycle ossianique. Nous parlons du cycle ossianique, dans sa forme la plus moderne, telle que la lui a donnée, au milieu du siècle dernier, Michel Comyn, quand il a écrit son poème célèbre intitulé «Ossin dans la terre des jeunes.» Ossin, comme Loégairé, a été dans une contrée merveilleuse où, après des victoires, il a épousé la fille du roi. Alors un désir irrésistible de revoir l'Irlande s'empare de lui. Il quitte sa femme avec l'intention de revenir bientôt. Il est monté sur un coursier merveilleux. Cet animal surnaturel sait la route qui le conduira en Irlande et qui l'en ramènera. La femme du héros lui fait la recommandation que Loégairé Liban a reçue de son beau-père: «Rappelle-toi, ô Ossin, ce que je te dis. Si tu mets pied à terre, jamais tu ne reviendras dans la contrée si jolie que j'habite[1]