§ 2.
Le règne de Némed en Irlande; ses premières relations avec les Fomôré.
Du temps de Némed, le sol de l'Irlande continua le travail commencé sous Partholon. Le nombre des lacs s'augmenta de quatre[1], et celui des plaines de douze[2]. Un de ces lacs eut une origine identique à celle d'un des lacs qui datent du temps de Partholon. Annenn, un des fils de Némed mourut; on creusa sa fosse, et du fond de la fosse jaillit une source; cette source fut assez abondante pour donner naissance à un lac, et du nom du mort, on appela cet amas d'eau Loch Anninn.
Le règne de Némed fut marqué par une innovation: on lui doit la fondation des deux premières de ces forteresses rondes, en irlandais râith, qu'habitaient les rois d'Irlande[3]. Les fossés de l'une d'elles furent creusés en une journée par quatre merveilleux ouvriers, qui étaient frères. Le lendemain matin, Némed les tua tous quatre[4]; leur habileté l'avait effrayé; il craignait de trouver en eux de trop puissants ennemis. C'étaient, dit-on, des Fomôré, et ce que Némed redoutait était qu'ils ne prissent trop facilement le fort qu'ils avaient construit. Il les enterra sur place[5]. Il n'avait pas tort de craindre cette race redoutable. En effet, il devait, comme Partholon avant lui, comme plus tard ses fils, et enfin comme les Tûatha Dê Danann, avoir une guerre terrible à soutenir contre les Fomôré.
[1] Sur ces lacs, voir le poème qui commence par les mots «Heriu oll ordnit Gaedil» (Livre de Leinster, p. 7, col. 1, lignes 5–7); le texte en prose du Lebar gabala (Livre de Leinster, p. 6, col. 1, lignes 19–24), et Girauld de Cambrie, distinction III, ch. 3, édition Dimock, p. 143.
[2] Sur les plaines, voir le poème Heriu oll ordnit Gaedil (Livre de Leinster, p. 7, col. 1, lignes 10–15), et le texte en prose du Lebar gabala (Livre de Leinster, p. 6, col. 1, lignes 33–38).
[3] Poème Heriu oll ordnit Gaedil, dans le Livre de Leinster, p. 7, col. 1, lignes 8, 9.
[4] Texte en prose du Lebar gabala, Livre de Leinster, p. 6, col. 1, lignes 26–32.
[5] Histoire d'Irlande, par Keating, édition de 1811, p. 178.