[10] De bello gallico, livre VI, chap. XVI, §§ 4 et 5.
[11] Ibid., chap. XIX, § 3.
[12] Liber landavensis, p. 120.
§ 8.
Tigernmas, doublet de Cromm Crûach, dieu de la Mort.
Cromm Crûach, la grande idole d'Irlande, honorée par le tribut cruel d'un sacrifice d'enfants, comme les Fomôré de la légende de Némed, paraît avoir été surtout un dieu de la mort. C'est la conclusion qu'on doit tirer de la légende de Tigernmas, dont le nom, Tigernmas pour Tigern Bais, veut dire «Seigneur de la Mort.» Dans la classification chronologique que les érudits irlandais ont faite de leurs légendes à l'époque chrétienne, Tigernmas devient un roi de la race d'Eremon, fils de Milé, établie dans le nord de l'Irlande. C'est une partie de la race irlandaise actuelle. Les Quatre Maîtres savent même exactement à quelle époque il régna: ce fut de l'an du monde 3580 à l'an 3656[1]. Mais ailleurs Tigernmas est identique à Balar, dieu de la Foudre et de la Mort, qui commande les Fomôré et périt à leur tête en combattant les Tûatha Dê Danann, à la seconde bataille de Mag-Tured[2]. Tigernmas, en moins d'un an, livra vingt-sept batailles aux descendants d'Eber, fils de Milé, qui occupaient l'Irlande méridionale. Un nombre considérable de ses adversaires perdit la vie dans ces combats, et peu s'en fallut que Tigernmas ne détruisît entièrement la race d'Eber. Enfin, après soixante-dix-sept ans de règne, il mourut au «Champ de l'Adoration,» à Mag Slechta, avec les trois quarts des habitants de l'Irlande, qui étaient venus avec lui adorer la grande idole de Cromm Crûach. C'était la nuit du 1er novembre ou de la fête de Samain; la date, précisément, où, suivant une autre légende, les descendants de Némed payaient aux Fomôré le dur tribut des deux tiers des enfants, des deux tiers du blé, des deux tiers du lait que l'année leur avait produit. Les Irlandais sujets de Tigernmas n'étaient venus à Mag Slechta que pour honorer Cromm Crûach, leur dieu, par des prosternations; mais ils accomplirent cette cérémonie avec tant de conscience et d'entrain, qu'ils y brisèrent le sommet de leurs fronts, la pointe de leur nez, le bout de leurs genoux, les extrémités de leurs coudes, et qu'enfin les trois quarts d'entre eux y perdirent la vie[3].
[1] Annals of the kingdom of Ireland by the Four Masters, édit. O'Donovan, 1851, t. I, p. 38–41.
[2] «Lug mac Edlend mic Tigernmais,» dans la pièce intitulée Baile an scail, British Museum, Harleien 5280, folio 60, publiée par O'Curry, Lectures on the manuscript materials, p. 619, ligne 15. «Lug, Eithne ingen Balair Bailc-beimnig a-mathair-side» Lebar gabala, dans le Livre de Leinster, p. 9, col. 1., lignes 44, 45. Ces deux textes font le dieu Lug fils d'Ethne, au génitif Ethnend, par corruption Edlend, qui est une fille de Balar, autrement dit Tigernmas; c'est par erreur que, dans le Baile in scail, Ethne change de sexe et devient un fils de Tigernmas.
[3] On peut consulter là-dessus: 1° la préface en prose du chapitre du Dinn-senchus consacré à Mag Slechta; elle a été publiée par O'Conor, Bibliotheca manuscripta Stowensis, p. 40–41, d'après le manuscrit Stowe 1; 2° le texte en vers du même chapitre du Dinn-senchus, dans le Livre de Leinster, p. 213, col. 2, lignes 51 et suivantes; 3° le Lebar gabala, dans le Livre de Leinster, p. 16, col. 2, lignes 19–21, 26–32; p. 17, col. 1, lignes 20, 21.