Poëme de Gilla Coemain, dans le Livre de Leinster, p. 16, col. 2, lignes 50, 51. Cf. Livre des conquêtes, ibid., ligne 23.

[3] Sur le règne de Tigernmas, au temps des descendants de Milé, voir, outre le Livre des conquêtes déjà cité, le grand poème chronologique de Gilla Coemain, Livre de Leinster, p. 127, col. 2, lignes 25 et 26; enfin, les p. 111–113 du présent volume.


§ 3.
Balar et le mythe d'Argos ou Argus. Lug et Hermès.

Le combat de Zeus et des dieux contre Kronos et les Titans n'est pas le seul récit mythologique grec où l'on voie apparaître la doctrine dualiste qui fait lutter les divinités bienfaisantes du jour, du beau temps et de la vie contre les puissances malfaisantes de la mort, de l'orage et de la nuit. Un des mythes les plus connus où l'imagination grecque nous offre cette doctrine est celui d'Argos aux cent yeux. Ces yeux sont les étoiles, et Argos est une personnification de la nuit étoilée. Hermès le tua d'un coup de pierre[1]. Ce mythe était déjà connu des Grecs quand Homère composa l'Iliade, c'est-à-dire environ huit siècles avant notre ère. Déjà, dans l'Iliade, Hermès porte le surnom de meurtrier d'Argos, Ἀργειφόντης; ou le titre de meurtrier d'Argos, Ἀργειφόντης, est employé comme synonyme d'Hermès[2]. Hermès est le crépuscule, et cette pierre qui lancée par Hermès, tue Argos ou la nuit, c'est le soleil qu'une main invisible jette tous les matins de l'Orient vers le haut des cieux[3]. Lug est l'Hermès celtique: comme l'Hermès grec, il personnifie le crépuscule; comme lui, au moyen d'une pierre il tue son adversaire. Il lance cette pierre avec une fronde, et d'un coup mortel il atteint à l'œil Balar, qui est l'Argos celtique, c'est-à-dire une personnification des puissances mauvaises dont la nuit est une des principales et parmi lesquelles le Celte comprend aussi la foudre et la mort.

[1] Apollodore, Bibliothèque, livre II, chapitre 1, section 3, § 4. Didot-Müller, Fragmenta historicorum grœcorum, tome I, page 126.

[2] Iliade, livre II, vers 103, 104, livre XXIV, vers 24, etc. Voyez aussi Odyssée, livre I, vers 84; Hymne à Histia, vers 7; Hésiode, Les Travaux et les Jours, vers 77. Apollodore, à qui nous devons la conservation de la fable qui explique le composé Ἀργειφόντης, écrivait au milieu du second siècle avant notre ère. La correction Ἀργειφάντης pour Ἀργειφόντης est une conception relativement moderne et nous paraît inadmissible, malgré l'autorité qui s'attache au nom des savants par lesquels elle a été acceptée de nos jours. Sur les représentations figurées, voir l'article Argus, dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de MM. Daremberg et Saglio.

[3] A. Kuhn, Ueber Entwicklungstufen des Mythenbildung, dans les Abhandlungen de l'Académie des sciences de Berlin pour 1873, p. 142.