Elle ouvrit un coffre en bois peint, et, pièce à pièce, en tira un coquet habillement de jeune mariée. Depuis le voile virginal jusqu'à l'anneau d'or, rien n'y manquait.

—Voyons, mignonne, mets bas cette cotte mouillée, disait-elle, en rangeant les objets sur le coffre.

Et comme, malgré son audace habituelle, Constance ne bougeait pas, Maharite, se hissant sur un banc, se prit à la dévêtir avec autant d'adresse que d'agilité. Mais, en la débarrassant de ses effets, elle s'extasiait sur les charmes de la jeune fille, et mêlait de prédictions lugubres, révoltantes, ses marques d'admiration.

Constance, éperdue, n'osait lui résister. Quelle que fût la fermeté, nous pourrions dire l'impudence qui lui était propre, tant d'impressions violentes et diverses avaient fondu sur elle, depuis le départ de Jacques Cartier, que sa volonté s'était amollie comme la corde d'un arc trop longtemps tendu.

Elle laissait faire et parler cette bizarre créature, qui, tout en lui passant la robe nuptiale, extraite du coffre, disait sur un ton rhythmé, mystérieux:

«Il y aura six ans, six ans vienne la Saint-Jean, la Saint-Jean prochaine.

«Dans le village, le joli village de Pordic, tout près, tout près de Tréguier.

«Vivait heureuse, vivait bien heureuse Maharite, Maharite, la femme du pêcheur Jugon.

«Mais Maharite était coquette, elle était trop coquette; et mal lui en prit, grand mal lui en prit.

«Son mari n'était pas pieux, pas pieux du tout; et mal lui en prit aussi, très-grand mal lui en prit.