—Mais les Uski chassent constamment dans ces parages. Si nous avions l'air de les fuir, ils nous traiteraient en ennemis. Je te le dis, portons-leur des présents.
—Des présente! nous n'en avons pas.
—Mon fils a oublié qu'il nous reste un morse tout entier. Nous les inviterons à le partager avec nous.
—Soit! que Triuniak fasse comme il l'entend! dit le capitaine en refoulant le dépit que lui causait l'obstination du Groënlandais.
Ils marchèrent donc à la rencontre des Esquimaux. Au surplus, eussent-ils voulu se cacher alors, qu'il était trop tard. On les avait aperçus, et les chasseurs avaient détaché deux de leurs hommes pour reconnaître les étrangers.
Parvenus à quelques pas d'eux, les émissaires firent une halte et préparèrent leurs armes avec des intentions hostiles.
Ils étaient vêtus à peu près comme les Esquimaux du Groënland, mais ils en différaient beaucoup par leur physionomie dure et repoussante. En leur présence, on se sentait devant une tribu belliqueuse et d'humeur jalouse.
—Dépose tes armes, mon fils, dit Triuniak au capitaine, en jetant sur la neige son arc, ses flèches et sa lance.
Dubreuil lui obéit à contre-coeur.
Triuniak s'avança paisiblement alors vers les arrivants. Mais ceux-ci restèrent armés.