[Note 24: Les Groënlandais divisent les jours par le flux et le reflux de la mer.]
Cette découverte rendit à Triuniak son activité. Il fouilla les cabanes pour y chercher des armes, se munit d'un arc, d'un carquois bien garni; oublié par les vaincus ou négligé par les vainqueurs, et entra vivement sur la piste des Indiens Rouges.
Mais, après avoir fait quelques pas, une réflexion le ramena au village. Cette piste devait aboutir à un cours d'eau, les Boethics n'étant probablement pas venus à pied depuis la côte du détroit[25] qui sépare leur île de la terre ferme.
[Note 25: i.e. détroit de Belle-Isle, situé entre le Labrador et l'île de Terre-Neuve.]
Triuniak se chargea d'un kaiak esquimau et reprit son chemin. Il avait eu raison. Sur le soir, il arriva près d'une rivière, au bord de laquelle cessait la piste. Il lança son esquif, s'embarqua et nagea vigoureusement toute la nuit.
Le lendemain et le jour suivant, l'Uski poursuivit sa route avec la même ardeur.
Déjà l'évasement de la rivière indiquait qu'il approchait de son embouchure, quand, au détour d'un promontoire escarpé, il se trouva subitement à une portée de trait d'un camp considérable. Surpris et craignant de tomber entre les mains d'un ennemi, Triuniak essaya de se cacher avec son canot dans une anfractuosité du rivage. Mais on l'avait aperçu. Dix embarcations lui donnèrent aussitôt la chasse. Résister, se défendre, c'eût été se jeter au devant de la mort. Triuniak préféra se rendre, dans l'espoir qu'on se contenterait de le faire prisonnier, et qu'il aurait occasion de voir Dubreuil, de préparer avec lui leur évasion.
En conséquence, il laissa couler sa pagaie, et, la tête baissée, les bras croisés sur la poitrine, s'abandonna au fil de l'eau.
Les Indiens Rouges fondirent sur lui comme des vautours, en proférant leur cri de guerre:
—Hou! hou! hou! houp.