Et l'un d'eux leva sa massue pour l'assommer, mais un autre détourna le coup et dit à ses compagnons:

—C'est l'homme que nous avons cherché: Voyez, il a le costume des
Uskimé du nord.

Triuniak ne savait pas la langue des Boethics. C'est pourquoi il fut très-étonné qu'au lieu de le maltraiter, les Indiens Rouges lui témoignèrent une sorte de déférence et le conduisirent au camp avec allégresse.

Leurs clameurs avaient attiré tout le parti sur la grève. En débarquant, Triuniak tomba dans les bras de Dubreuil, qui manifesta par cent caresses le plaisir qu'il avait de le retrouver, et, avec une volubilité toute française, lui conta, en quelques mots, son heureuse aventure.

—Et toi, mon père? s'écria l'impétueux jeune homme.

—Moi, dit le Groënlandais, qui se serait cru déshonoré s'il eût montré quelque émotion, moi je te pensais en danger…

—Nullement! nullement! au contraire! les Indiens Rouges, que tu m'avais peints si farouches, sont excellents… Mais tu ne demandes pas des nouvelles de Toutou-Mak? Elle vit, je te l'ai dit. Demain, nous l'aurons rejointe… Ah! il me tarde… Tiens, voici mon père, Kouckedaoui, dont je te parlais…

—Triuniak, tu es le bienvenu! dit Kouckedaoui en approchant. Celui qui a nourri ma fille est mon frère. Veux-tu bien que nous fassions alliance ensemble?

—Oui, car j'aime ceux qui aiment mes enfants, répondit le Groënlandais. Toutou-Mak est ta fille par le corps, mais elle est la mienne par le coeur. Triuniak te remercie d'avoir été bon pour Innuit-Ili.

En disant ces mots, il appuya ses mains sur les épaules du chef boethic et lui lécha les joues.