En retour de politesse, Kouckedaoui bourra une pipe en cuivre[26], à long tuyau orné de plumes et de coquilles, l'alluma et la présenta au Groënlandais.

[Note 26: On trouve à Terre-Neuve des gisements d'un cuivre très-malléable, dont les Indiens se fabriquent des instruments, depuis un temps immémorial.]

Celui-ci n'avais jamais fumé, cette coutume ne s'étant pas encore introduite dans son pays, qui ne produit ni tabac, ni sakkakomi, plante avec laquelle les Indiens remplacent cette substance. Cependant la bienséance exigeait qu'il prit la pipe et en tirât quelques bouffées.

Il s'exécuta de bonne grâce, mais avec une gaucherie et une grimace dont rirent très-fort les Indiens Rouges présents à cette scène.

Ensuite, Kouckedaoui conduisit ses hôtes à sa tente, où on leur servit un festin d'esturgeon et de queues de castor grillées sur des charbons ardents.

Après le repas, Shanandithit, la mère de Toutou-Mak, fut présentée à Triuniak. Pour exprimer au Groënlandais sa reconnaissance des soins qu'il avait si tendrement donnés à sa fille, Shanandithit, avec l'agrément de son époux, lui fit le présent le plus précieux que puisse offrir une femme boethique: elle coupa sa longue chevelure et la noua à celle de Triuniak, qui, en l'acceptant, la devait porter ainsi, traînant sur ses talons, dans toutes les circonstances solennelles.

—Si mon fils et mon frère désirent rejoindre immédiatement Toutou-Mak, ils sont libres, dit alors Kouckedaoui. Mais moi et mes hommes nous demeurerons quelques jours ici, parce que la chasse et la pêche y sont abondantes.

Triuniak aurait craint de paraître impatient, en répondant affirmativement, ce qui, dans ses idées, eût blessé toute convenance. Mais Dubreuil n'avait pas les mêmes scrupules. Les eût-il eus que son amour l'aurait emporté.

—Que mon père me prête un canot, et j'y volerai! s'écria-t-il.

—Triuniak ne veut-il t'accompagner? demanda le chef rouge.