—Triuniak accompagnera son frère à la chasse, répondit froidement celui-ci. Et quand il plaira à Kouckedaoui qu'il revoie sa fille, il la reverra, Triuniak sait qu'elle vit, qu'elle est en sûreté; cela lui suffit.
—Soit! j'irai bien seul! dit Dubreuil, d'un ton un peu piqué.
—Non, mon fils. Quoiqu'il n'y ait pas loin d'ici au lieu où nous avons laissé nos femmes et nos enfants, tu n'iras pas seul. La rivière est dangereuse, le courant rapide; deux de nos hommes t'escorteront.
—Ce n'est qu'à une journée de distance? demanda Guillaume.
—A une journée et demie.
—Qu'ai-je besoin d'escorte?
—J'aime la vivacité et la hardiesse, jeune homme, dit l'indien Rouge, mais souviens-toi que la prudence est préférable. Près du campement des femmes, la rivière se partage ça deux canaux, dont l'un est semé de chutes et de cascades où tu trouverais certainement la mort si tu les confondais.
—J'obéirai à tes volontés, dit Dubreuil.
Kouckedaoui donna quelques instructions à deux de ses guerriers, et Guillaume s'embarqua avec eux dans un grand canot, dont la proue et la poupe étaient couvertes de peintures hiéroglyphiques à l'ocre rouge, représentant des batailles.
Ce canot, appelé chiman, différait entièrement du kaiak ou de l'ommiah des Uskimé; il avait dix pieds de long sur trois de large et deux de profondeur. Mais les Indiens Bouges en possédaient de beaucoup plus grands, de même forme et de même matière. Cette matière, c'était l'écorce de bouleau levée en hiver, au moyen d'eau chaude, et cousue très-proprement sur des éclisses ou varangues de bois de cèdre, enchâssées dans une double préceinte.