—Ah! s'écria Dubreuil, en caressant le terre-neuve qui lui léchait les mains, ah! je ne puis cependant croire que Triuniak ait péri. Il nage mieux qu'un phoque. Je veux examiner le lieu de l'accident. Peut-être retrouverai-je son corps.
—Non, dit l'Indien: ce que prend la chute, elle ne le rend jamais.
—M'accompagnes-tu? demanda le Français.
—Je t'accompagnerai, Innuit-Ili; mais nous ferons une course inutile.
Dubreuil siffla son chien, et ils sortirent.
Comme ils laissaient retomber le rideau de la tente, une femme se présenta à eux tout essoufflée.
—Le Yak a échappé!… il a échappé! criait-elle d'une voix haletante.
—Que veut cette pie babillarde? fit Kouckedaoui, en écartant la squaw.
Mais d'autres Indiennes arrivaient sur ses pas. Elles racontèrent que, s'étant rendues à la tête de la cataracte pour contempler plus à leur aise l'engloutissement de la malheureuse Malachiteche, elles avaient vu Triuniak se débattre dans les rapides et s'accrocher à un rocher sur lequel il se tenait sans pouvoir bouger.
A l'audition de cette nouvelle, Dubreuil et Kouckedaoui s'élancèrent vers la côte. Parvenus au sommet, devant la première rangée d'écueils, ils distinguèrent effectivement le Groënlandais sur un récif que des vagues battaient de partout, à coups redoublés.