Guillaume se moqua des récriminations du sorcier; mais Triuniak l'engagea à plus de modération, de crainte qu'il ne leur advint malheur.
—Tu as, mon fils, lui dit-il, la promptitude de la flèche qui part d'un arc. Cela nuit à ton courage. Ici, nous devons nous comporter avec prudence, parce que nous sommes au milieu de gens cruels qui nous égorgeraient sur le moindre soupçon. Notre ami et notre défenseur mort, il faut ruser avec eux si nous voulons arriver sains et saufs à leur village.
—Ah! s'écria Dubreuil, la ruse, la fausseté ne me conviennent pas.
—Quand on est le moins fort, on tâche d'être le plus habile.
—Où veux-tu en venir? repartit le jeune homme impatienté.
—Fais comme moi. Je ne connais pas et je n'aime pas le Manitou des Indiens-Rouges, mais, étant avec eux, j'ai l'air de le connaître et de l'aimer.
Dans mon pays, on dit que quand on est avec les loups il faut hurler avec eux, reprit Dubreuil en souriant.
—C'est cela, mon fils, et c'est ce que je voudrais te voir pratiquer.
A ce moment, leur entretien fut interrompu par les femmes boethiques, qui venaient chercher le cadavre de Kouckedaoui pour l'ensevelir. Il fut lavé dans la mer, peint de couleurs fraîches et placé nu dans une sorte de cercueil en écorce, fabriqué expressément pour cet usage.
Pendant que leurs squaws vaquaient à ces occupations, les hommes recueillaient et faisaient fondre de grandes quantités de résine. La bière et son contenu furent posés gros du feu, et on la remplit de résine liquide afin de pouvoir conserver le corps jusqu'au jour des obsèques, qui devaient avoir lieu au village, éloigné de plus de dix journées.