—Heureusement!…

—J'avais mon couteau, je tranchai mes liens et essayai de gagner une baie, pour retourner au village. Mais le reflux m'entraîna. Le lendemain, j'errai au milieu des glaces…

—Et la faim…

—Oh! interrompit-elle, j'avais des provisions en quantité. Kougib avait tout disposé pour un long voyage.

—C'était un homme de précaution, dit le capitaine avec un sourire.

—Le froid seul, ajouta Toutou-Mak, me faisait cruellement souffrir.
Cependant, je pêchai des bois flottés et fis du feu sur des glaçons.

—Quelle terrible position!

—Souvent je songe à toi, Innuit-Ili…

—Ah! nos pensées ont dû se croiser plus d'une fois! Mais enfin, comment, amie, es-tu sortie de cette affreuse situation!

J'essayais toujours de revenir au rivage du Succanunga, et toujours je m'éloignais, car le vent me chassait vers l'est. Fatiguée de voguer ainsi au hasard, je me construisis une loge sur une île de glace à laquelle j'amarrai solidement mon koné. Comme j'avais suffisamment de vivres, j'étais décidée à attendre…