Shanandithit se mit à pousser des hurlements dans un coin de la hutte.

Lorsque cette explosion de douleur se fut calmée, Dubreuil dit doucement à Toutou-Mak:

—Et Kouckedaoui te reconnut, m'a-t-il appris, à ce poisson gravé sur ton bras.

—Oui, le baccaléos [37] est le signe et le novake[38] de notre tribu, répondit-elle, en lui montrant une plaque d'écorce rendue au fond de la cabane et sur laquelle on voyait, peints en couleur, «quatre poissons de sable, cantonnés et regardant les quatre angles de l'aire, au monceau de gravier en coeur.[39]»

[Note 37: Baccaléos, terme boethic signifiant morue. De ce mot on a fait cabelliau, puis cabillaud, qui veut dire, on le sait, morue fraîche.]

[Note 38: Quoique impropre, le mot blason est le seul qui puisse en français, rendra l'idée impliquée par ça terme indien.]

[Note 39: Ces armes ressemblaient à celles des Outaouais. Seulement, chez ces derniers, les quatre poissons étaient remplacés par quatre élans.—Mémoires de l'Amérique septentrionale, par le baron de LAHONTAN.]

—Mais, ajouta-t-elle, mon père me reconnut surtout à une marque particulière qu'il m'avait faite sur l'épaule.

Après ces explications, entremêlées de soupirs et des plus tendres baisers, vinrent celles de Triuniak.

Il raconta que le bouhinne avait profité de l'absence de Dubreuil pour indisposer l'esprit du jeune chef contre lui et hâter le départ des Boethics. Triuniak voulut s'y opposer, mais on menaça de le tuer, et on l'entraîna malgré lui, après l'avoir attaché dans un canot. Il ne devait même la vie qu'à l'intercession de Shanandithit, qui avait déclaré l'adopter, comme il avait adopté sa fille Toutou-Mak, et le choisir pour mari.