—Et, dit-il, en terminant, Triuniak sera fier d'épouser Shanandithit à l'expiration de son deuil, dans un an. Toi aussi, mon fils, à cette époque, tu célébreras ton mariage avec la fille de Kouckedaoui.

La jeune indienne rougit et baissa les yeux. Mais le bouillant Dubreuil s'écria:

—Quoi! pas avant un an?

—Non, mon fils, répondit Shanandithit; moi et Toutou-Mak nous ne pourrons prendre un mari avant deux saisons révolues. Pendant ce temps, tu apprendras la langue des Boethics, et je te ferai élever au rang qu'occupait Kouckedaoui.

—Au moins, ma mère me permettra-t-elle de voir Toutou-Mak chaque jour? insista Guillaume en couvrant du regard son amante.

—Mais ne veux-tu pas demeurer avec nous? répondit Shanandithit, étonnée de cette question.

Et comme Dubreuil paraissait plus surpris encore de la réponse Toutou-Mak l'informa que, différemment des coutumes des Esquimaux, chez les Boethics les jeunes filles pouvaient vivre sous le même toit que leurs fiancés, et les veuves visiter ou recevoir qui elles voulaient, même pendant leur deuil.

Pour dure que fût l'attente, elle avait donc ses douceurs. Dubreuil s'y résigna; et s'installa dans une des cellules de la loge de Kouckedaoui. Son costume esquimau fut changé contre un élégant vêtement, composé d'une tunique, de mitasses et mocassins en peau de caribou, brodés avec art par l'habile Toutou-Mak. Notre ami avait, en vérité, fort bonne mine dans cet habillement, que les Indiens Rouges portent d'ordinaire en été, hormis dans leurs expéditions de guerre, où ils vont nus et peinturés de la tête aux pieds.

Pour faire du capitaine français un chef boethic complet, il ne lui manquait que de relever ses cheveux en torsade sur l'occiput et de les orner de plumes d'aigle,[40] car Toutou-Mak avait obtenu qu'il coupât sa longue barbe. Mais il refusa avec opiniâtreté, et au grand désespoir de Shanandithit, de rehausser ses charmes et sa valeur personnels par cette insigne distinction.

[Note 40: «… On voit des hommes de belle taille et grandeur, mais indomptés et sauvages. Ils portent les cheveux attachés au sommet de la tête et étreints comme une poignée de foin, y mettant au travers un petit bois ou autre chose, au lieu de clous, et y liant ensemble quelques plumes d'oiseaux,»—Premier voyage de JACQUES CARTIER.]