—Eh! quoi, tu ne t'es pas enfui, mon ami? s'écria Toutou-Mak.
—T'aurais-je laissée seule aux mains de nos ennemis? répondit-il avec un doux accent de reproche.
—Oh! tu es bon!
—Je plaçai donc, continua Dubreuil, mon rouleau dans une fente du rocher, à deux cents pas du vaisseau, et je traçai avec un caillou une croix pour reconnaître l'endroit. Ah! si tes Anglais le savaient! M'ont-ils interrogé, torturé, les lâches! Cet or, qu'ils avaient découvert dans mes vêtements, et que j'avais négligé d'enfouir, cet or leur tenait en tête! «Où l'as-tu eu? d'où viens-tu?» Non, non, ils ne le sauront pas! Plutôt périr mille fois que de le leur révéler! Si le capitaine du navire flamand n'avait pas été tué dans l'abordage, ils m'eussent égorgé pour me faire parler!… Mais oublions ces souvenirs; causons de toi, Toutou-Mak, causons de toi, chérie…
—Ah! que j'ai hâte de te voir libre! Pourquoi ne pas consentir à livrer ces parchemins?
—Ces parchemins!… les livrer… aux Anglais… Jamais! oh! non, jamais! s'écria-t-il avec un rire métallique qui fit frémir l'Indienne.
Puis il ajouta d'un ton impérieux:
—J'espère que la fille de Kouckedaoui ne trahira pas mon secret.
Et ses yeux perçants, rivés sur elle, exigeaient une réponse.
—Toutou-Mak sauvera son bien-aimé! dit-elle en l'embrassant avec une ardeur qui lui fit tout oublier.