Le grincement d'une clé dans la serrure de la cellule les arracha à leur extase.

—A bientôt! tu seras libre! dit-elle en quittant le jeune homme qui secouait la tête d'un air de doute.

Toutou-Mak aimait trop pour s'arrêter aux nobles considérations qui retenaient Dubreuil dans les fers, elle était trop crédule pour suspecter un instant la bonne foi de Jean Cabot.

Elle vola à la maison de l'armateur, et, d'une voix haletante, lui indiqua le lieu où il trouverait les cartes, en réclamant la liberté immédiate du prisonnier, pour prix de ce service.

Cabot l'embrassa avec effusion, renouvela son engagement et ses protestations d'amitié. Mais, ajouta-t-il, il fallut attendre quelques jours, solliciter du roi d'Angleterre un ordre d'élargissement.

Toutou-Mak crut à tout cela. Pourquoi aurait-elle suspecté la sincérité de ce vieillard, qui déjà trébuchait aux portes de la tombe?[57] Il avait l'air si vénérable, si digne!

[Note 57: Il mourut, croit-on, l'année suivante.]

Une heure après, les Cabot avaient en leurs mains les précieux documents.

Le soir, sous un prétexte futile, la jeune fille fut conduite à bord du Matthew, amarré au quai de la Frome, près de l'église Saint-Étienne. Mais là, on l'enferma dans une cabine, et la pauvre innocente comprit alors seulement la perfidie dont elle avait été la complice involontaire et le jouet.

Dans la matinée du lendemain, le navire appareilla et, béni par le clergé catholique, sortit du port, aux acclamations d'une foule nombreuse, accompagné de trois ou quatre petits bâtiments «que les marchands de Bristol envoyèrent avec lui, chargés de gros drap, de bonneterie et d'autres marchandises de peu de valeur[58].»