—Rassure-toi, ma soeur. Pumè, l'odieux Pumè, ne flétrira point tes charmes. Je parlerai à ton père. Il m'écoutera…
La Biche-Agile secoua mélancoliquement la tête, d'un air négatif, en disant:
—Il n'écoutera pas Innuit-Ili. Pumè peut ce qu'il veut. Toutou-Mak mourra ou sera sa femme.
—Jamais! s'écria Dubreuil, saisissant la jeune fille entre ses bras et la serrant contre sa poitrine.
—Ce soir, elle sera l'épouse aimée de Pumè, dit à ce moment derrière eux une voix chevrotante et moqueuse.
IV
L'ANGEKKOK-POGLIT
Disséminés sur le littoral des mers polaires, les Esquimaux ont été divisés en cinq groupes: les Aléoutes, dans les îles de ce nom, entre l'Amérique septentrionale et l'Asie, les Tchoutches, aux limites des deux continents; les Grands-Esquimaux, depuis la rivière Mac-Kenzie jusque et y compris l'archipel Baffin; les Petits-Esquimaux ou Labradoriens; les Groënlandais, qui s'étendent du 59° de latitude nord au 70°.
Vers le quinzième siècle, ils comptaient plus de cent mille individus.
Aujourd'hui, on aurait de la peine à en trouver dix mille.
Toutes ces tribus ont assurément une origine tartare. Les traits de leur visage, leurs habitudes méfiantes, réservées, et surtout leur invincible disposition à la vie nomade, prouvent la véracité de cette assertion. Il est présumable que les uns se sont avancés à l'ouest, et se sont jetés sur la Laponie, où l'on trouve des canots semblables, par leur construction, à ceux des Groënlandais et des Esquimaux de la baie d'Hudson. Les autres, se portant au nord et à l'est, peuplèrent le pays des Samoièdes, puis, par accident ou intentionnellement, se risquèrent à travers le détroit de Behring, atterrirent en Amérique, d'où ils se répandirent jusqu'à l'embouchure du golfe Saint-Laurent. Ils tentèrent même d'envahir l'île de Terre-Neuve; mais ils furent constamment repoussés par les Mic-Macs et les Indiens Rouges, comme nous le verrons dans le cours de ce récit.