Leur glorieuse prouesse accomplie, l'angekkok-poglit et son Tornguk rentrent joyeux et fiers chez eux, par la route la plus douce et la plus agréable qui se puisse imaginer.[5]

[Note 5: Pour qu'on ne nous accuse pas d'avoir forgé cette fable à plaisir, nous renvoyons aux nombreuses descriptions du Groënland, et entre autres à celle de Hans Egède.]

Il y a des esprits sceptiques qui douteront que l'angekkok-poglit Pumè eût pu exécuter cette brillante expédition et en revenir en trois minutes; mais les Esquimaux sont des simples de coeur. Ils ajoutèrent une foi absolue aux paroles de Pumè, qui avait ramené à foison la gent poissonnière dans les pêcheries, sans même demander à voir le magique aglerutit; bonnes gens! aussi ne connaissent-ils ni enfer, ni purgatoire après cette vie!

—L'angekkok-poglit épousera Toutou-Mak, se mirent-ils à crier sur tous les tons de la gamme.

Ensuite, chacun courut chez soi pour y quérir son meilleur morceau de phoque, baleine ou caribou, afin de contribuer au festin nuptial.

La viande, la graisse, le poisson, l'huile arrivèrent profusément chez
Pumè.

Les lampes furent rallumées, non pour éclairer la loge, car, dans ces contrées, la nuit est presque aussi claire que le jour, mais pour cuire les aliments.

Le repas fut bientôt servi. Il était splendide et se composait, indépendamment des mets habituels, de racines, appelées tugloronit, bouillies dans le spermaceti de baleine, salades faites avec de la bouse de renne tirée des intestins; entrailles de perdrix, gâteaux, confectionnés avec des raclures de peaux de veau marin; estomacs de caribous, tués avant qu'ils aient digéré leur pâture[6]; le plat par excellence: un couple de foetus de daim, rôtis, aussitôt après avoir été arrachés du ventre de la mère, et enfin un dessert de mûres de ronces nageant dans l'huile de baleine, comme dernier service[7]; le tout arrosé d'eau à la glace, car les Esquimaux-Groënlandais ne boivent pas l'huile, comme on le croit trop généralement.

[Note 6: Les sauvages du Mississipi, et en général, la plupart des
Indiens de l'Amérique Septentrionale ont un goût très-vif pour ce genre
de mets.—Voir, entre autres, le voyage du prince Maximilien de
Wied Neuwied dans l'Amérique du Nord,—Je renverrai également aux
Chippiouais, sixième volume des BRAMES DE L'AMÉRIQUE DU NORD.]

[Note 7: «Ce ventre de renne et la fiente de perdrix, préparés dans l'huile fraîche de baleine, sont pour ce peuple ce que sont parmi nous la bécasse et le coq de bruyère,» dit avec raison M. L.-E. Haton, dans son Histoire pittoresque des voyages.]