—Qu'on la mette là, dit-il en indiquant un lit aux sorcières, qui se retirèrent aussitôt.

Puis, bouillant de satisfaction et de luxure, il se précipita sur la jeune fille.

Chez les Esquimaux la décence exige qu'une nouvelle mariée ne se rende à son époux que contrainte par la force physique. Toutou-Mak usa largement du privilège pour repousser et frapper l'odieux angekkok. Il en résulta une lutte furieuse des deux côtés,—ignoble de l'un, pitoyable de l'autre,—sur laquelle je demande la permission de tirer le rideau.

Tout à coup, Pumè, qui était debout sur le lit, où il s'épuisait à étreindre la jeune fille, tomba lourdement à la renverse, en lâchant une exclamation de douleur.

Sa tête avait porté contre un des poteaux de la hutte, et il s'était fracassé le crâne.

V

KOUGIB

La nouvelle de la mort de Pumè se répandit de proche en proche jusqu'à la cabane de Triuniak. Elle y arriva grossie de force commentaires. Les mauvaises langues,—où n'y en a-t-il pas?—insinuaient que Toutou-Mak avait fait périr son mari, au moyen de sortilèges dont Innuit-Ili lui avait communiqué le secret. Le cas était grave. Les parents de l'angekkok pouvaient exiger une réparation sanglante. Triuniak, père de la Biche-Agile, courut à la loge du jongleur pour prendre des informations sur ce grave événement.

Dubreuil avait voulu l'accompagner, dans l'espérance de voir Toutou-Mak, mais il s'y était opposé, craignant avec raison que les Uski, irrités par les bruits qui circulaient sur la mort subite de leur angekkok-poglit, ne se livrassent à des violences contre l'étranger.

L'accident avait heureusement eu des témoins, deux premières femmes de
Pumè, qui s'empressèrent de proclamer l'innocence de Toutou-Mak.