»Là aussi poings et pieds ne me ménageaient guère. Par bonheur, les auteurs inconnus de ma personne m'avaient doué d'une enveloppe solide et d'un coeur de bronze.
»Certain soir, un corsaire jeta sur nous le grappin d'abordage. Le patron et les quatre hommes qui montaient le caboteur fournirent ce soir-là copieux régal aux requins. Et, probablement, j'aurais partagé le sort de mes maîtres, sans un jeune garçon qui supplia le capitaine du corsaire de me laisser la vie sauve.
»Le navire qui nous avait capturés s'appelait le Corbeau.
»C'était bien le plus fin voilier qui jamais eût sillonné les mers.
»Là, encore tempête de coups de poings et ouragan de coups de pieds m'assaillirent plus fréquemment que je ne l'aurais voulu.
»Mais on m'avait appris que la souffrance est notre lot ici-bas; je me résignai.
»Du reste, si le service était rude à bord du Corbeau, nous avions parfois du bon temps.
»Grâce à mon protecteur, pour qui notre commandant avait une affection toute particulière, j'étais—à quelques horions près—moins molesté que les autres mousses, mes collègues.
»Les rations de rhum et d'eau-de-vie, les bouteilles de vin des Iles mêmes ne m'étaient point épargnées.
»Bref, je jouissais comme le poisson dans l'eau.